OPÉRA – La particularité de cette Clemence de Titus à l’Opéra de Massy par Opera Fuoco et l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Massy tient à sa mise en scène particulièrement minimaliste, imaginée par Héloïse Serazin, et sa scénographie de Léa Jézéquel, pour nous livrer une version assez actuelle et originale de l’œuvre de Mozart.
Un spectacle moderne…
L’intégralité de l’œuvre a pour décor un fond coloré de lumière projetée qui change de couleur au fil de l’œuvre, dans le style des toiles impressionnistes, s’adaptant aux différentes situations et aux états d’esprit des personnages. Les seuls éléments de décor présents physiquement sur scène sont quelques tabourets et une table que les artistes déplacent parfois au cours du spectacle, s’improvisant régisseurs. L’aspect minimaliste de l’ensemble est un choix artistique parfaitement assumé, assez original et surprenant.

Quant aux solistes, il s’agit globalement de très jeunes chanteurs et chanteuses. Malgré quelques imperfections dues aux carrières naissantes, l’interprétation est convaincante et l’attention du public est plus centré sur les voix que sur la mise en scène, qui apparaît en retrait. La performance de Marion Vergez-Pascal en Sesto, vrai ressort d’émotion de la partition, est la grande réussite du spectacle. Puissance vocale et douceur sont les deux ressorts d’une interprétation en parfait accord avec la terrible situation à laquelle est confronté le personnage, qui doit choisir entre trahir Titus pour l’amour de Vitellia, ou bien renoncer à elle et rester fidèle à son ami.

Pour rester sur les voix, un autre point original est la présence du chœur dans la fosse aux côtés de l’orchestre. L’idée que le chœur ne soir pas au plateau est intéressante et apporte vraiment un rendu sonore intéressant. En plus de ne pas détonner avec le minimalisme de la mise en scène, ne pas le voir rend plus vivantes et plus surprenant leurs interventions. Il vient comme un renfort à l’orchestre, avec la même subtilité dans l’interprétation, pour soutenir les solistes sans les envahir.
… mais résolument classique.
Si l »idée de la mise en scène est plutôt originale en revisitant l’œuvre de Mozart sous un angle minimaliste, elle n’apporte finalement rien d’essentiel et laisse une impression de vide scénique. Il serait même plus juste de parler de support visuel que de véritable mise en scène. Au milieu de cet environnement visuellement abstrait, les costumes des solistes détonnent par leur style plus daté. Même s »ils sont de couleurs vives et en accord avec les couleurs du décor, le choix des couleurs fait dans le classique : jaune pour l’énergie, bleu pour la bonté, rouge pour le chaos, etc… Rien de nouveau de ce côté-là. Le décalage entre les deux est donc assez surprenant, et si ce décalage semble voulu, pour créer un hiatus visuel, il peine à convaincre.

Musicalement aussi, les choses sont plus traditionnelles. À commencer par l’orchestre avec des musiciens au jeu expressif, qui s’écoutent et sont réactifs aux indications de David Stern. Leur jeu est assez subtil et très bien exécuté, mais bien sage dans l’ensemble. Le tout manque de folie, ce qui produit un nouveau décalage avec l’esthétique visuelle de la scène. À certains moments en particulier, comme lors de l’ouverture, le jeu aurait pu être plus dynamique et plus extravagant. Cette réserve presque constante de l’orchestre est surprenante : on les sent capables, par leur qualité et leur précision, de prendre plus de place. Disons qu’ils restent sagement à leur place !
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À l’image du bon Titus qui souhaite le bien de tous et pardonne tout le monde de ses méfaits, le spectacle est plaisant mais ne fait pas de vague. L’interprétation est assurément réussie et les artistes talentueux, mais l’ensemble manque de folie, malgré plusieurs points très positifs et des éléments vraiment réussis, ce qui est un peu dommage en comparaison de la volonté de produire une version nouvelle et revisitée du point de vue de l’esthétique visuelle. C’est néanmoins sous un tonnerre d’applaudissements que le public a salué la performance des artistes à la fin du spectacle.

