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Micro & Macro Lucerne au Festival de Pâques

FESTIVAL – L’Orchestre Symphonique de Lucerne, sous la direction de Michael Sanderling, accompagne le pianiste Rudolf Buchbinder dans le 1er Concerto de Brahms, avant d’interpréter la Symphonie n°9 « Du Nouveau Monde » de Dvořák : exploration des échelles de la musique, de la macrosonie à la microsonie.

Le programme qui s’articule en deux volets montre toute la richesse des deux genres-phares de la musique d’ensemble : le concerto et la symphonie. Dans l’époque qui les anime ici, le romantisme tardif, les textures sont particulièrement travaillées, étirées ou concentrées, montrant la richesse et la complexité du matériau musical mis à l’épreuve de la création et de l’interprétation.

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Amours, délices et orgues

La macrosonie concerne la dimension globale, massive et verticale, propre aux œuvres programmées. Quand Rudolf Buchbinder se met au piano pour le Premier Concerto de Brahms, une œuvre de jeunesse pleine de maturité, il accoste sur un continent et s’y retient à pleines mains. Rien ne bouge, en dépit des tiraillements et des brûlures émotionnelles que peut infliger le pianisme brahmsien, prolongement des architectures beethoveniennes et des vagues schumaniennes. Il s’agit de pénétrer un matériau ample, dense et complexe tout à la fois. Assis loin de l’instrument, dans une posture à l’équerre, le soliste respecte la juste distance pour pouvoir appréhender l’œuvre en panoramique, contempler ses couleurs d’aube et soigner le tombé de ses doigts sur le clavier. Les brouillards grondants des traits d’octaves, résonnent à l’envi avec l’orchestre, s’y fondent, et prennent les dimensions d’une cathédrale, d’un jeu ex cathedra. S’y déploient des polyphonies dignes des grandes orgues, bien assises sur les basses fondamentales de la tonalité et les fermes bases du piano.

Luzerner Sinfonieorchester. Michael Sanderling, direction. Rudolf Buchbinder, piano. Grand Théâtre de Provence. 12/04/2025. Aix-en-Provence. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques

L’Orchestre, fondé en 1805, apporte sa pâte sonore, étonnante par son mélange de modernité et de tradition, de singularité et de grand style. Cette pâte est obtenue et entretenue par son chef principal (depuis 2021), sa gestuelle efficace, précise et expressive. De son travail dépend la rigueur formelle et l’intensité des émotions qui se déploient en grandes vagues dans ces deux œuvres. Avec une battue à la fois carrée et ronde, il entre dans la chair du son et sculpte une symphonie avec piano obligé, puis une autre, sans, dédiée aux grands espaces. Il fait sourire, pleurer, danser ou encore méditer l’orchestre, entre vieille Europe, jeune Amérique et survivance Tchèque.

Luzerner Sinfonieorchester. Michael Sanderling, direction. Rudolf Buchbinder, piano. Grand Théâtre de Provence. 12/04/2025. Aix-en-Provence. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques
Infiniment grand et infiniment petit 

La microsonie concerne la dimension interne, fluide et crochetée propre aux œuvres programmées, à l’image d’un Stradivarius, avec ses pièces frêles et précieuses, assemblées par un vernis secret.

Rudolf Buchbinder enroule ses contrechants à la petite harmonie, faisant des thèmes, avec leurs notes répétées, une cible. L’intention gestuelle, le rebondi des pulpes dans l’attaque, est perceptible. Des contrechants sont tantôt des gouttes d’eau, tantôt des fourmillements, augmentant les potentialités des thèmes.

L’Orchestre chante et résonne, avec ou sans piano, comme à l’intérieur du son, tandis que l’expressivité propre à chaque instrument s’intègre dans l’intimité des partitions. Pour cette dimension microsonique, le chef développe une gestuelle singulière, millimétrée, coups d’archers qui prennent pour cible le noyau de chaque agencement sonore. C’est particulièrement le cas dans les passages fugués ou dans les soli qui donnent le frisson, dont celui du cor anglais comme « obligé » dans le deuxième mouvement de la symphonie. Les seuils d’audibilité sont une autre cible, sereinement touchés du doigt par le chef et sa phalange. 

Le programme, salué par le public, étire la corde d’un arc puissant, et atteint d’un même coup la grandeur et l’intimité, porté par un même souffle orchestral.

Luzerner Sinfonieorchester. Michael Sanderling, direction. Rudolf Buchbinder, piano. Grand Théâtre de Provence. 12/04/2025. Aix-en-Provence. Photo Caroline Doutre / Festival de Pâques
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