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Chapeau de paille, paille, paille à Liège

OPÉRA – Rarement donné, Le Chapeau de paille d’Italie de Nino Rota offre des mélodies qui restent en tête comme des comptines pour enfants. Trois petits chats, trois petits chats, trois petits chats, chats, chats…

De la France à l’Italie

Ce Chapeau de Paille d’Italie est un vaudeville de Labiche et Marc-Michel mis en musique par Nino Rota en 1955. L’année suivante, Bernstein créait Candide, et c’en était fini du genre comique à l’opéra : plus aucun compositeur n’aura depuis réussi à faire entrer une œuvre drôle au répertoire. C’est dire combien cet opus rarement joué est précieux. D’autant que sa musique enjouée, son histoire loufoque et ses rebondissements incessants méritent le détour. Ses mélodies entêtantes deviennent des Leitmotivs qui restent en tête : la foule des invités aux noces mènent leur course à pieds, d’une scène à l’autre, comme Roule la galette dans la comptine pour enfants. Les références à Rossini (la scène de tempête) ou Offenbach (le galop de l’acte II), se mêlent à des clins d’œil plus surprenants (n’entend-on pas du Carl Orff chez Emilio ?).

Bouts de ficelle

L’intrigue est tortueuse comme il se doit : alors qu’un couple batifole dans un parc, un cheval (de course ?) déguste le chapeau de paille de Madame. Celui-ci vient de Florence en Italie et son absence révèlerait à Beaupertuis, le mari jaloux, l’infidélité de sa femme. Le propriétaire du cheval, Fadinard, qui doit se marier le jour-même, est donc sommé de trouver un chapeau de remplacement, sous peine d’être provoqué en duel. Le voici lancé tel un loup des bois à la recherche du précieux couvre-chef, d’abord chez une modiste, puis dans le pied-à-terre d’une baronne et finalement, dans la gueule du loup, chez Monsieur Beaupertuis lui-même, suivi à chaque étape par sa fiancée, son beau-père et ses invités (finissant épuisés et déambulant tels des somnambules).

Le Chapeau de paille d’Italie par Damiano Michieletto (© ORW-Liège / J. Berger)
La paille, la poutre…

Damiano Michieletto insiste sur les forces de l’œuvre avec sa scénographie (signée Paolo Fantin) : les portes claquent, les murs coulissent tandis que cette « terre de feu » (lumières de Luciano Novelli) tournoie. L’épure (les murs et les sols sont aussi blancs que du lait de vache) laisse quant à elle toute la place à l’action et fait joliment ressortir les riches costumes de Silvia Aymonino. Seulement, ce répertoire du vaudeville nécessite un engagement total des artistes. Or, dans cet écrin policé, les interprètes (à l’exception des Dupont et Dupond de la production qui échangent leurs souliers : Pietro Spagnoli en beau-père Nonancourt et Marcello Rosiello en Beaupertuis, tous deux très investis) paraissent timides et polis : il manque ce grain de folie qui transforme les sourires en fous rires. La fosse et le chœur (menés par Leonardo Sini) aussi, du reste, semblent bien sages, et ne parviennent jamais à faire pétiller les notes autant qu’elles le réclament, malgré un son riche et une belle légèreté de la part de l’orchestre, et notamment du fait d’un manque de cohésion parmi les choristes. Il aura manqué à ces phalanges davantage de variations dans les nuances et les tempi pour provoquer des éclats plus intenses. Finalement, le public passe tout de même une très belle soirée (il accueille d’ailleurs aux saluts les interprètes par un beau tintamarre), mais garde l’impression que le potentiel de l’œuvre n’est pas totalement révélé.

À Lire également : le compte-rendu Ôlyrix
Chapeau les artistes !

Pour mener cette intrigue, pas moins d’une douzaine de chanteurs solistes et un violoniste (Léonid Anikin) sont mobilisés : une paille ! Bulletin :

  • Ruzil Gatin en Fadinard s’appuie sur une voix de ténor rayonnante, au léger vibrato et au souffle allongé. Enjoué, il s’investit dans son personnage sans sembler réussir à pleinement se libérer.
  • Son beau-père Nonancourt est chanté par Pietro Spagnoli qui semble s’amuser de son personnage, qu’il interprète d’une voix boisée et rêche seyant parfaitement au paysan bourru et digne qu’il incarne.
  • Véritable feu-follet de la production, Marcello Rosiello incarne Beaupertuis, personnage proche du Docteur Bartolo de Rossini. Tel un marabout, il donne le ton de l’acte III d’une voix au caractère trempé.
  • Très applaudie, Josy Santos campe une baronne à la voix lyrique et sensuelle. Elle est flanquée de Blagoj Nacoski (Achille, avant de se transformer en garde aussi courageux qu’un paillasson) à la voix très couverte.
  • La fiancée Elena a la candeur de Maria Grazia Schiavo, dont la voix est ancrée et brillante, aux aigus bien structurés.
  • Elena Galitskaya (Anaïde Beaupertuis), avec sa voix veloutée et fleurie, et Rodion Pogossov (son amant Emilio) au timbre viril et lumineux, forment un duo assorti, qui se joue de l’absurdité de leur demande pour précipiter l’action de la pièce.
  • Restent Elisa Verzier (Modiste à la voix ferme et déployée), Didier Pieri (Oncle Vézinet, à la voix claironnante), Lorenzo Martelli (le laquais Felice, au grain sombre) et Marc Tissons (le Caporal des gardes, à la voix riche et mate).
Le Chapeau de paille d’Italie par Damiano Michieletto (© ORW-Liège / J. Berger)
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