AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - InstrumentalTableaux d'une exposition à Radio France : concert à l'œil !

Tableaux d’une exposition à Radio France : concert à l’œil !

CONCERT – Au côté de l’Orchestre National de France, Cristian Macelaru mêle le son et l’image dans un programme narratif et descriptif, allant des musiques de scène de Bizet et Saint-Saëns aux toiles de Viktor Hartmann, dans les Tableaux d’une exposition de Moussorgski.

Dans un concert tout entier construit autour de musiques de scène ou d’œuvres à programme –L’Arlésienne, La Foi et les Tableaux d’une exposition – Cristian Macelaru et l’Orchestre National de France s’adressent autant à l’ouïe qu’à la vue, tant ils déploient d’images sous les yeux des spectateurs.

Le Guépard d’Arles

De L’Arlésienne de Bizet, on connaît bien sûr la Farandole et ses couleurs typiques ; mais sous la direction de Cristian Macelaru, la musique de scène conçue pour la pièce de Daudet délaisse les accents champêtres pour déployer un son brillant, puissant, voire épique par moments. Car si l’on croyait que le texte de Daudet racontait un fait-divers ou un drame individuel, la suite pour orchestre ainsi dirigée évoque plutôt de grands films historiques : l’Intermezzo prend des couleurs magnifiquement lyriques, avec ce legato infini des cuivres et des vents ; le Menuet évoque un salon aussi élégant qu’imposant, le solo de flûte délicatement dessiné étant bientôt mêlé à un orchestre massif. On se croirait moins dans la campagne d’Arles que dans un film de Visconti, moins dans la déception amoureuse du jeune Frédéri que dans les tourments aristocratiques d’un Fabrizio Solina. Cristian Macelaru tire de l’Orchestre National de France un son d’ensemble superbe où, superposant les timbres, il tire le meilleur du brillant des cuivres et de la profondeur des cordes graves. La Farandole finale va, à son tour, délaisser le chant traditionnel qu’elle cite pour explorer davantage de couleurs dramatiques, emportées et grandioses, avec une parfaite lisibilité de l’écriture fuguée et des superpositions de thèmes.

Cristian Macelaru © Sorin Popa

Saint-Saëns mission Cléopâtre

Si Camille Saint-Saëns fut l’un des tout premiers compositeurs de musique de film, avec L’Assassinat du Duc de Guise d’André Calmettes et Charles Le Bargy (1908), il compose la même année la musique de scène de La Foi, pièce orientaliste d’Eugène Brieux, ayant l’Egypte antique pour décor. Il en tire trois « tableaux symphoniques », dont seul le troisième est ici donné, et qui souffre un peu de la comparaison avec L’Arlésienne. La partition est certes moins narrative, mais surtout plus massive, avec moins de délicatesses d’orchestration. Cela se ressent dans la direction de Cristian Macelaru, qui peine à dessiner des reliefs dans des pupitres qui se confrontent par blocs ; qui peine aussi à explorer des nuances plus douces, dans une musique principalement solennelle et fastueuse. Il se repose surtout sur la qualité du son d’ensemble et de grands effets fortissimo, mais les images peinent à se dérouler sous les yeux du spectateur – davantage tableau que prise de vue en 24 images par seconde.

La nuit au musée

A l’inverse, Moussorgski possède un talent hors-pair pour rendre mobile une image fixe dans ses Tableaux d’une exposition. Si l’Orchestre National de France rend avec beaucoup de délicatesse le charme des « Tuileries » et du « Marché de Limoges », c’est bien dans les pages plus sombres ou plus étranges qu’il se révèle : « Gnomus », « Bydto », « Samuel Goldberg et Schmuyle » et « La Cabane » ont des couleurs fascinantes, permises notamment par des cuivres rutilants. Les différentes toiles prennent vie, Cristian Macelaru possédant un sens du tragique et du développement narratif qui n’est pas toujours poussé à ce point chez les chefs symphoniques. Cela n’empêche nullement le plaisir du beau son et du chatoiement des timbres, que le compositeur a magnifiquement exploités dans « La Grande porte de Kiev » finale. On n’imaginait pas qu’une visite d’exposition pouvait, sous la plume de Moussorgski, devenir un passionnant court-métrage ; moins évocation abstraite de toiles que mouvements de caméra, avec ses close-up sur les solos et ses grandes scènes de foule. 

À lire également : Cristian Măcelaru : « J’aime lancer des défis au public »

Un programme décidément placé sous le signe de l’image ! Quand bien même, c’est le son qui emporte tout, grâce à un Orchestre National de France qui n’a plus à prouver la qualité de sa palette de couleurs.

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]