FESTIVAL – Pour l’avant-dernier concert du 29ème Festival de Pâques de Musique de Deauville, deux quatuors de Beethoven et César Franck, tous deux dotés d’une fin tellurique, se taillent la part du lion sous la férule du Quatuor Hermès et d’Adam Laloum.
Avec les trois quatuors à cordes op.59, Beethoven ouvre un chemin nouveau, se distinguant de la forme habituelle de la musique pour quatuor.
Le Beethoven nouveau est arrivé.
Il invente des approches plus sombres, des tonalités plus troublantes, enrobant sa musique dans une sorte de brume qui tarde à se dissiper. Le Quatuor n°3 interprété ce soir, avec sa forme lente et presque atonale au premier mouvement, a comme les deux autres opus largement surpris les auditeurs au temps de sa création en 1812. Quand les musiciens eux-mêmes à l’époque lui reprochent les difficultés techniques de l’œuvre, Beethoven leur répond : « Ce n’est pas pour vous, c’est pour les temps à venir ».
Et il avait raison : depuis, ces quatuors sont entrés dans la légende Beethoven, et dans le cœur des instrumentistes. Après un deuxième mouvement qui laisse entrevoir des influences russes (l’œuvre est dédiée au prince Razumovsky), le troisième mouvement offre une page plus lumineuse, très subtile par ailleurs. Le finale Allegro molto apparaît ensuite : une sorte de feu d’artifice qui illumine l’ensemble de la pièce comme une course poursuite ! Le magnifique Quatuor Hermès (composé pour ce concert d’Omer Bouchez et Elise Liu aux violons, Manuel Vioque-Judde à l’alto et Yan Levionnois au violoncelle, déploie une énergie inépuisable dans son interprétation, mais aussi une tenue d’ensemble qui à lui seul justifie la réputation d’excellence dont il fait preuve.

César Franck souffle sur les braises.
Le Quintette de César Franck reste un fleuron d’un art musical français alors à son apogée. Les trois mouvements qui le composent ont chacun une identité propre et un caractère bien défini, que Franck parvient à relier par l’intensité de son approche au sein d’une architecture sonore forte et passionnée. Entre expressivité presque brutale, puis plus mélancolique au second mouvement, la science du Maître s’expose sans affect ni renoncement. Le troisième mouvement est comme une danse du feu qui embrase tout le quintette.
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Au Quatuor Hermès, est alors venu se joindre le merveilleux Adam Laloum au piano. Son jeu large et plein de l’assurance souhaitée, précis et détaillé, éminemment expressif, complète avec éclat les élans du Quatuor. Le public a salué sans aucune réserve et avec bonheur l’ensemble des musiciens de cette soirée mémorable.
Demandez le programme !
- L.V. Beethoven – Quatuor à cordes no 9 en do majeur, opus 59 no 3
- C. Franck – Quintette pour piano, deux violons, alto et violoncelle FWV 7

