AccueilA la UneLe Nom de la rose, tout feu tout flamme à La Scala...

Le Nom de la rose, tout feu tout flamme à La Scala de Milan

OPÉRA – La Scala de Milan présente en création mondiale en italien (avant l’Opéra de Paris en français) Il Nome della rosa (Le Nom de la rose) composé par Francesco Filidei d’après le célèbre roman d’Umberto Eco.

Il y a eu le roman, le film, puis la série. On aurait pu s’arrêter là, mais c’était sans compter sur l’énergie du compositeur, le feu sacré de Francesco Filidei, Italien de naissance et Parisien par choix. Il y a plus de cinq ans, lorsque Dominique Meyer, alors sovrintendente de La Scala de Milan, le contacte pour une commande, Filidei ne tergiverse pas longtemps : l’étincelle jaillit immédiatement, celle de mettre en musique Le Nom de la rose d’Umberto Eco, l’un des livres les plus lus au monde, avec 55 millions d’exemplaires vendus. La création de ce nouvel opéra a lieu en ce moment même à Milan : cinq représentations, toutes à guichets fermés (et la flamme continuera de se nourrir et de se répandre : l’Opéra de Paris, coproducteur du spectacle, le reprendra en 2026 – une date encore officieuse, chuchotée lors des cocktails, à suivre, donc).

À Lire également : Portrait de Francesco Filidei en trois influences, par l’Ensemble intercontemporain

En attendant, l’heure est au récit d’une vraie success story. Car dans le milieu de l’art lyrique, souvent jugé conservateur – surtout par ceux qui ne le connaissent pas –, on ne parle que de ça, et d’une manière enflammée.

Un feu dévorant

Il faut dire que La Scala a fait feu de tout bois et avec l’artillerie lourde, à commencer par quelques valeurs sûres : le chef d’orchestre Ingo Metzmacher, le metteur en scène Damiano Michieletto et le scénographe Paolo Fantin. Encore, dix-sept chanteurs, et pas des moindres, entourés d’un chœur mixte et d’un chœur d’enfants. Et oui, il y a du monde sur scène – à l’horizontale comme à la verticale, les choristes étant souvent suspendus. Une débauche de moyens ? On aurait tort de le croire. Car tout est calibré, pensé, millimétré (les symboles ne manquent ni dans le roman ni dans l’opéra). Et surtout conçu dans l’esprit d’un « Grand Opéra » verdien – Don Carlos en tête. De la fosse au plateau, tout le monde tire dans le même sens pour faire aboutir un spectacle total : quand tout le monde partage une même flamme, le résultat est d’autant plus vif.

Photos Brescia e Amisano © Teatro alla Scala

Le livret, coécrit par le compositeur et Stefano Busellato, s’appuie sur le roman (pas sur le film). Les nombreuses digressions du livre sont fatalement supprimées au profit des temps forts de l’action. Grâce à la complicité entre FilideiMichieletto et Fantin, certains de ces moments sont mis en lumière avec une efficacité redoutable. Les moines font le catalogue des livres : une situation musicale et visuelle de fort impact. L’un des passages les plus marquants est toujours la fin de la première partie : une musique très mélodique recrée l’acte sexuel entre Adso et « la fille du village », restée anonyme jusqu’au bout. À l’opposé, le ton se durcit avec la bastonnade entre les franciscains et la délégation papale. Quant au finale, le fameux incendie de la bibliothèque, c’est une explosion de virtuosité.

D’une scène à l’autre, Filidei déploie tout son talent : il sait manier une palette de couleurs extrêmement variée. Pour cela, il peut compter sur l’orchestre et les chœurs maison prodigieux (la compétition avec l’Opéra de Paris s’annonce rude), et des interprètes éblouissants. Par ailleurs, Filidei fait du chœur un véritable personnage dans la tradition de la tragédie grecque : il incarne Adso adulte, narrateur de ses propres vicissitudes. La star des stars reste Lucas Meachem (Guglielmo da Baskerville, le frère franciscain enquêtant sur les sombres agissements de l’abbaye, personnage immortalisé au grand écran par Sean Connery) : timbre somptueux, diction parfaite et engagement scénique magistral. Impressionnant aussi Carlo Vistoli, qui incarne deux des victimes (Berengario da Arundel et Adelmo da Otranto), dont la voix se développe avec aisance dans tout le théâtre. Kate Lindsey, très attendue, est convaincante dans Adso. Katrina Galka (La ragazza del villaggio et La statua della Vergine) dévoile des aigus d’une sensualité ensorcelante. Gianluca Buratto (Jorge da Burgos) séduit par ses graves profonds et caverneux.

Il faudra désormais compter avec ce Nom de la rose version lyrique, qui réussit l’exploit de faire dialoguer la tradition avec la modernité. Et qui, surtout, donne une envie de feu follet d’y retourner.

Comme on dit dans le monde du spectacle, cette production aura « brûlé les planches » et le miracle au théâtre c’est que de telles flammes ne détruisent rien, bien au contraire. Sacrée et belle ironie de l’histoire pour cette œuvre dans laquelle la bibliothèque de l’abbaye du savoir finit par brûler, d’un feu décidément vengeur car l’abbaye Sacra di San Michele sise sur le mont Pirchiriano dans le Piémont et qui a inspiré Umberto Eco, a subi un incendie, le 24 janvier 2018…

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]