CONCERT – Au théâtre de l’Odéon de Marseille, l’Orchestre philharmonique de Marseille et son directeur musical Michele Spotti proposent un programme intimiste et réconfortant mettant à l’honneur le répertoire austro-germanique.
Pour ce soir l’Orchestre philharmonique quitte l’opéra municipal pour s’installer dans la salle plus modeste du théâtre de l’Odéon : première intimité. Celle-ci émerge aussi du programme qui rassemble trois œuvres à taille humaine, aux sonorités chaleureuses : la Siegfried Idyll de Wagner, la Symphonie n°88 de Haydn et la suite du Bourgeois Gentilhomme de Richard Strauss. Trois pièces avec un certain caractère privé par leurs conditions de création (la maison familiale de Wagner), leur propos (la vie d’appartement du Bourgeois) ou leur dimension.
Spotti aux petits soins
En bon maître des lieux, Michele Spotti veille à donner une lecture cohérente et continue de chacune des trois œuvres. Il incarne dans son corps et dans ses expressions l’esprit de chaque instant : de la subtilité des nuances amorçant la Siegfried-Idyll à l’éclat généreux concluant le dîner du Bourgeois Gentilhomme. Prenant en main les musiciens et avec eux l’oreille du public, il les amène pas à pas dans l’ascension d’un crescendo comme dans l’insouciance d’un menuet. L’orchestre suit scrupuleusement ses intentions qui ne brident en rien sa spontanéité et son expressivité. Les différents solistes particulièrement mis à l’honneur dans ce programme ont donc l’espace pour apporter toute leur sensibilité dans de nombreux passages.
La progression romantique signant l’élan sentimental du héros succède à la mélancolie doucereuse qu’étoffe progressivement le dialogue des bois et des cordes puis le reste de l’orchestre dans la Siegfried-Idyll. Sur l’ensemble du programme, les contrastes entre les moments plus contemplatifs et la vigueur fervente de certains autres sont soulignés, tout en étant amenés avec souplesse, pour éviter les ruptures trop brutes. L’engagement des musiciens associé à l’entrain de Michele Spotti électrise les passages dynamiques dans l’allegro de la symphonie de Haydn comme l’enchaînement ludique des motifs de son final.
Le petit théâtre de Strauss
Enfin l’orchestre confère au Bourgeois Gentilhomme une vraie portée théâtrale où les personnages s’expriment successivement par le timbre des instruments qui veillent à souligner leur émotion, voire leur ironie. Sous l’archet de Da-Min Kim, le violon de l’intermezzo prend une voix quasi-humaine. S’ils sont loin de suffire pour gâcher la soirée, quelques défauts d’articulation entre les pupitres viennent par moment troubler l’interprétation. Le tempo lent de la Siegfried-Idyll permet de les limiter largement même s’ils sont déjà légèrement audibles au travers de la richesse de l’ensemble. Ils deviennent plus présents dans l’allegro de la symphonie et surtout dans les premiers mouvements du bourgeois gentilhomme dont ils viennent même troubler la dynamique.
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Bien reprises en main, l’unité et la précision se fixent au fil de cette dernière œuvre qui se termine avec majesté, empreinte de la brillance du piano et des percussions, comme de la sensibilité poétique du violoncelle. Le public applaudit généreusement l’orchestre et les solistes que Michele Spotti fait lever à la fin du concert et même entre les différents morceaux.

