OPÉRA – L’Opéra de Massy propose la reprise d’une magnifique production, où les codes du cinéma noir rencontrent la musique lumineuse de Dvorák, dans le prisme de Paul-Émile Fourny.
On va le dire, avant tout : cette production de Rusalka offre du beau. Beaux tableaux, sublimes costumes (Giovanna Fiorentini), magnifique orchestre, superbe ballet hors du temps et de très belles voix, pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles. Le metteur en scène Paul-Émile Fourny transporte le spectateur dans l’univers de ce conte de fée en un claquement de doigts, tout en restant dans une apparente simplicité.

Côté obscur
L’ambiance a quelque chose de Tim Burton. Et en parlant de cinéma : entre la magie de la vidéo, les effets spéciaux simples mais efficaces et les jeux de lumières, Paul-Émile Fourny se joue de tout pour nous faire entrer dans le merveilleux, tandis qu’Emmanuelle Favre propose des décors assez élémentaires (un ponton en bois sur une digue de pierre, une maquette de palais, puis un hall de palais façon art déco). La direction d’acteur peut paraître elle aussi un peu simpliste, mais les chanteurs font preuve d’une grande présence scénique qui équilibre le tout. Le seul léger défaut de cette scénographie vient des lumières de Patrick Méeüs qui ne sont malheureusement pas toujours calées correctement sur les chanteurs.

La lumière fût
Si on cherche la lumière, justement, il faut aller du côté de la fosse. L’Orchestre de l’Opéra de Massy, dirigé par Kaspar Zehnder, y développe avec subtilité et élégance toute la beauté de la musique de Dvorák. La direction de Zehnder éclaire les chanteurs, comme la Lune éclaire Rusalka. Un diaphane qu’on retrouve dans les très belles interventions du Chœur de l’Opéra de Metz, tout en douceur et en délicatesse, même depuis la coulisse. Dans le grand nuancier des voix, on trouve :
- Blanc cassé : Serenad Uyar incarne Rusalka avec la froideur nécessaire.
- Bleu pâle : Arthur Espiritu est un Prince sincèrement éploré.
- Outre-noir : la terrible Jezibaba est interprétée par une Marion Lebègue impressionnante de force.
- Gris métal : celui de Misha Schelomianski en Vodnik qui assiste impuissant aux malheurs de sa fille.
- Rouge sang : la Princesse Étrangère de Julie Robard-Gendre dont l’agressivité sied parfaitement au personnage.

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La soirée est un grand succès, le public apparaissant sous le charme de ce conte de fée tragique.

