CONCERT – Sous la direction de Raphaël Pichon, l’ensemble Pygmalion rejoint par Sabine Devieilhe et Stéphane Degout présente un programme d’œuvres aussi variées que Hamlet d’Ambroise Thomas, Tristia de Berlioz et le Requiem de Fauré, créant, dans leur enchaînement, une narration originale.
Le programme du nouveau projet de Pygmalion interpelle tant les œuvres présentées semblent éloignées les unes des autres. Si Hector Berlioz et Ambroise Thomas font référence au Hamlet de Shakespeare, leur production diffèrent et semblent ne rien avoir à faire avec le Requiem de Fauré.
Pichon entend des voix
Notre envoyé aurait un scoop de première importance pouvant justifier cet alliage :
Il semblerait que le chef de l’ensemble Pygmalion, Raphaël Pichon, ait été visité par le fantôme d’Hamlet qui lui aurait demandé, non pas de le venger comme l’avait fait le spectre de son père, mais au contraire, de casser cette chaîne mortifère en organisant une grande cérémonie de la réconciliation.

Fort de cette vision, l’agencement d’un programme original serait apparu au chef comme une évidence. Les extraits de l’opéra d’Ambroise Thomas, et deux pièces chorales d’Hector Berlioz, toutes deux librement inspirées du drame, retraceraient l’histoire tragique d’Hamlet et d’Ophélie. Et pour exorciser les spectres de leur fin tragique, le Requiem de Fauré, apaisé et réconfortant, se serait imposé.
Le public assiste alors à un concert aux allures de rituel, se déroulant d’une traite dans un silence quasi religieux. Des coups de cloches devancent les applaudissements et la musique se propage, dans un vaste geste immersif de recueillement et de questionnement existentiel.
Requiem pour deux fous
Hamlet et Ophélie n’ont pas de secret pour Sabine Devieilhe et Stéphane Degout, qui ont incarné les personnages dans des productions à l’Opéra Comique (2018 et 2022). Dans la proposition de Raphaël Pichon qui revisite le drame d’Hamlet, ils en explorent encore d’autres facettes, la soirée commençant alors à la séparation des amants.
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Tout imprégné de la Méditation religieuse de Berlioz, Stéphane Degout quitte son socle de penseur et, dans une posture hiératique, offre une incarnation subtile de son personnage. L’interprétation émane du texte qu’il distille en grande intelligence et sans grandiloquence. La scène du spectre prend une dimension particulière dans l’agencement des extraits, « l’image vénérée » pouvant être à l’adresse d’Ophélie. Il détache les mots, faisant résonner sa voix aux graves puissants, puis susurre le fameux « être ou ne pas être » dans une intériorité impressionnante.
« On ira tous au paradis », même Ophélie
Sabine Devieilhe éblouit encore ce soir par son chant alliant fragilité et intensité, et par sa capacité à surfer sur les pentes vertigineuses des vocalises, tout en préservant l’expressivité. Inquiète de l’attitude d’Hamlet, les aigus cristallins deviennent des cris de douleur dans la scène de la folie. Elle s’élève littéralement pendant le Requiem, interprétant le « Pie Jesu » du premier balcon d’une voix pure et virginale. Elle gravit encore un étage, achevant le concert depuis les hauteurs du deuxième balcon, sur les notes apaisées du In paradisum dans un moment de grâce angélique assurant à Ophélie une place au paradis.
Raphaël Pichon apparaît alors comme le grand ordonnateur de la soirée, insufflant une cohésion entre les différents styles, tout en traitant différemment le choeur et l’orchestre. Les chanteurs assument le recueillement dans une retenue saisissante. Les voix précises et directes se rapprochent dans l’intensité pour mieux retrouver le calme apaisé du Requiem. Sous cette couche vocale, les élans et les dynamiques des phrasés incombent à l’orchestre qui, galvanisé par le chef, anime le discours musical.
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Contenu durant tout le concert, le public clame son bonheur haut et fort, attendant déjà avec impatience la prochaine vision de Raphaël Pichon.

