AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueManon à Bastille : Alagna et ses folles années

Manon à Bastille : Alagna et ses folles années

OPÉRA – On croyait avoir tout vu sur la scène de Bastille. Des décors monumentaux, des héroïnes en quête d’émancipation, des chœurs en grande forme… Mais rien ne nous avait préparés à ce qui s’est joué lors de cette reprise de Manon : Roberto Alagna maturé en Chevalier Des Grieux a débarqué sur la scène comme un Gatsby lyrique, prêt à faire chavirer les Années Folles… et la salle avec.

Là où la production de Vincent Huguet, transposée dans les années 1920, semblait parfois manquer de fièvre, l’arrivée d’Alagna a fait l’effet d’une bouteille de champagne sabrée trop fort. Oubliez la question de pourquoi Manon rêve de devenir la Joséphine Baker picarde ou pourquoi dans le deuxième acte leur chambre est dans une réserve de musée : tout le monde n’avait d’yeux que pour le ténor star, qui, à 62 ans bien sonnés, prouve qu’on peut être un chevalier sans peur, sans reproche… et sans une ride.

Alagna, Des Grieux et l’éternel adolescent

Certes, l’idée de voir un Des Grieux mûr face à une Manon juvénile (Amina Edris, épatante de fraîcheur) aurait pu faire grincer quelques dents. Mais c’est mal connaître Alagna, qui joue la passion sans complexe, la voix toujours aussi solaire, les aigus vaillants, et une diction qui ferait rougir un académicien même si le déploiement de la voix inclut un une approche des nuances un peu secondaires. On est ténor où ne l’est pas… Mais qu’importe : on sent chez lui le plaisir de renouer avec un rôle qu’il a longtemps fréquenté, mais qu’il revisite ici avec une distance presque ironique, comme s’il s’amusait à jouer les jeunes premiers en pleine crise d’adolescence tardive.

© Emilie Brouchon

Manon, Joséphine et les garçons

La mise en scène de Huguet, qui fait de Joséphine Baker une figure omniprésente (Danielle Gabou, toujours aussi magnétique), n’a pas pris une surprise non plus – ou alors, elle assume avec ferveur. Le conflit intérieur de Manon, tiraillée entre le rêve d’une vie de star et l’amour sincère, trouve ici un écho inattendu : face à un Des Grieux-Alagna, plus mentor que soupirant, la dynamique du couple prend une saveur inédite. On se surprend à voir Manon non plus comme une ingénue, mais comme une jeune femme décidée à prendre son destin en main, quitte à bousculer les codes de la romance lyrique.

© Emilie Brouchon

Un casting qui tente de suivre

Autour du couple vedette, le reste de la distribution fait de son mieux pour exister. Andrzej Filończyk campe un Lescaut solide, mais un peu écrasé par la présence scénique d’Alagna. Nicolas Cavallier, en père inquiet, semble lui aussi prendre des notes pour ses vieux jours.

Pierre Dumoussaud : chef étoilé

À la baguette, Pierre Dumoussaud ne se laisse pas impressionner par le phénomène Alagna. Il imprime à l’orchestre une énergie bienvenue, ménageant les chanteurs sans jamais sacrifier la vitalité de la partition de Massenet. On sent que le chef savoure chaque instant de cette reprise, comme un chef étoilé devant une brigade de choc.

À lire également : Pierre Dumoussaud, futur directeur musical de l’Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen

Au final, cette Manon version 2025 restera dans les annales moins pour sa relecture des Années Folles que pour l’irruption d’un Des Grieux superstar, capable de faire oublier la froideur des décors art-déco et les quelques sauts de cabri dramaturgiques. La preuve qu’à l’opéra, il suffit parfois d’un feu sacré pour faire renaître la fièvre… et rappeler que la passion n’a pas d’âge.

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