DISQUE – Les éditions Château de Versailles Spectacles, en collaboration avec le Centre de Musique Baroque de Versailles et l’Orkester Nord basé en Norvège, vient de faire paraître un nouvel opéra, tragédie lyrique d’inspiration nordique. Un nouvel opéra ? Pas tout à fait…
Ernelinde, Princesse de Norvège ça se passe… en Norvège. À Trondheim, plus exactement, même si à l’époque on disait Nidrosie, en français. So chic…
Une histoire de Vikings
Ernelinde, fille du roi de Norvège Rodoald, aime et est aimée de l’ennemi de son père Sandomir, qui au début de l’opéra œuvre pour le roi Ricimer. Il n’est pas très clair dans le livret si Ricimer est le roi du Danemark, de Suède, de Gothie ou d’Ingrie, car l’essentiel est que tout cela se passe en Scandinavie chez les Vikings, sous l’œil attentif des dieux Oden et Friga (Wotan et Freia pour Wagner), dont le livret n’omet pas de préciser, pour que le public d’opéra traditionnel puisse s’y retrouver, que cela correspond à Mars et à Vénus.
Tous ces gens, on s’en doute, ont de la vitalité à revendre, mais aussi de l’honneur. Ainsi, même si Ricimer est à la fin du troisième acte sur le point d’épouser de force la princesse Ernelinde qu’il convoite, il finit, une fois défait par Rodoald, par se suicider sur scène. Cela n’était pas très bien vu sur la scène française mais au moins ça permet de laisser la place à Sandomir. Et donc, tout est bien qui finit bien au royaume du Danemark, ou de Norvège, on ne sait plus vraiment…
l’Opéra français cherche le Nord
Ernelinde, c’est également une des dernières commandes de Rebel et Francœur, directeurs de l’Opéra de Paris alors appelé « Académie royale de musique ». Cette institution, fondée alors que s’éteignait la célèbre Querelle des Bouffons qui avait opposé les styles français et italien, avait pour mission de défendre le grand goût français marqué par des compositeurs comme Lully, Dauvergne, Mondonville ou Rameau. L’idée géniale des deux directeurs de théâtre avait été de faire appel également à des compositeurs qui triomphaient sur la scène concurrente de la Comédie-Italienne (le futur Opéra-Comique) dont Pierre-Alexandre Monsigny et Philidor, justement.

Ernelinde, c’est donc un ouvrage encore nourri de la tradition italienne qui s’installe dans l’univers de la grande tragédie lyrique française. On y devine tour à tour les influences de Pergolèse, Haydn, Mozart et Gluck, les conflits dramatiques mis en scène ne manquant d’évoquer les grands opéras et oratorios de Haendel, que Philidor connaissait bien. On note dans cette partition une orchestration très fortement influencée par l’opéra italien, et la présence très importante du chœur n’est pas sans évoquer la manière de Gluck ou le rôle dramatique joué dans l’oratorio. L’ouvrage annonce également les opéras français préromantiques qui allaient faire florès dans les années suivant la Révolution.
Interprétation cardinale
Tout l’enjeu de l’interprétation était de trouver des chanteurs capables de réussir l’hybridation d’une écriture musicale à mi-chemin entre la vocalité à l’italienne et la déclamation lyrique propre à la tragédie française. À ce titre, Judith Van Wanroij est tout à fait idéale dans son incarnation de la princesse norvégienne, dont elle traduit la noblesse de ton tout en donnant le lyrisme nécessaire aux airs et ensembles qui avaient été initialement conçus pour la grande tragédienne lyrique d’alors, Sophie Arnould. Cette dernière avait fini par être remplacée pour la première. Pour Sandomir, Reinoud Van Mechelen possède les moyens de haute-contre à la française typiques des créations de l’époque. Des deux barytons en lice, Thomas Dolié en Rodoald est le mieux chantant, Matthieu Lécroart, à la voix plus courte, étant surtout remarquable pour ses qualités de diction.

Issu d’une collaboration entre le Centre de Musique Baroque de Versailles et l’Opéra d’Oslo, l’enregistrement est le siège de la rencontre entre les Chantres du CMBV et les instrumentistes de l’ensemble Orkester Nord. Sous la direction précise, nette et passionnée de Martin Wåhlberg, ils livrent de la partition de Philidor une lecture juste et enflammée, enthousiasmante dans les festivités chorales, émouvante dans les passages de méditation et d’introspection.
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Pourquoi on aime ?
- Parce que c’est une œuvre complètement inédite qui était autrefois un classique moult fois et repris révisé au dix-huitième siècle.
- Parce qu’on y entend la fine fleur du chant français.
- Parce que ça se passe chez les Vikings, et qu’un opéra de légende nordique qui ne soit pas de Wagner, ça change un peu…
C’est pour qui ?
- Les amoureux de l’opéra français du dix-huitième siècle.
- Les amateurs de nouveautés musicales.
- Les fans de la série Vikings.

