AccueilA la UneAtys à Versailles, « Que l’on chante, que l’on danse ! » 

Atys à Versailles, « Que l’on chante, que l’on danse ! » 

COMPTE-RENDU – Musique, danse et théâtre : tous les plaisirs sont de nouveau réunis pour la reprise d’Atys de Lully à l’Opéra Royal de Versailles dirigé par Leonardo García-Alarcón et mis en scène par Angelin Preljocaj.

« Commençons, nos jeux et nos chansons » 

Donc, pour commencer, un petit jeu : Remettez dans l’ordre les phrases suivantes et vous obtiendrez la suite logique qui relie Lully et Preljocaj.
1) Le roi Louis XIV était un fervent danseur. 
2) Avec Atys, Angelin Preljocaj signe sa première mise en scène. 
3) Dans ses opéras, Lully accorde une place importante à la danse.
4) Atys est l’opéra préféré de Louis XIV. 
5) Preljocaj veut « faire corps avec l’œuvre musicale ». 
6) Lully est le surintendant de la musique de Louis XIV. 
7) Le directeur du Grand Théâtre de Genève fait appel à Preljocaj pour mettre en scène Atys de Lully. 

Jeux chantés, jeux dansés

Atys de Lully, une tragédie en musique ? Que dis-je ? Un opéra ballet ? Mieux encore, un ballet opéra ! 

Voilà ce qui arrive quand la mise en scène est confiée au chorégraphe Angelin Preljocaj qui signe une véritable mise en danse de l’œuvre de Lully impliquant danseurs et chanteurs dans son processus chorégraphique. Et ça marche ! 

Les chanteurs ont leur double danseur (ou inversement) pour des jeux interactifs réussis. Tout est fluide sans aucun temps mort. Les danseurs de la compagnie Preljocaj occupent la scène en continu (et pas seulement au moment des ballets), leurs jeux dansés sont parfaitement réglés. Assurant le lien entre les époques, quelques mouvements classiques (pieds en ouverture, port de bras…) s’immiscent dans les chorégraphies contemporaines qui saisissent d’expressivité. 

Tout Atout

Plusieurs atouts à cette partie : la plasticienne Prune Nourry qui réussit à évoquer l’antiquité dans des décors intemporels. Ainsi, un mur de pierre fissuré est-il un parfait terrain de jeux pour les danseurs (cachette, escalade, sortie…). La dernière image est saisissante de suggestion et de beauté : une silhouette d’arbre s’élève, se métamorphosant en silhouette humaine avec Atys expirant à ses pieds (évoquant la métamorphose d’Atys en pin). 

Les costumes antico-japonisant contemporains de Jeanne Vicérial, dans un camaïeu de blanc, noir, gris, viennent parfaire l’esthétique sobre et raffinée, notamment lorsqu’ils sont mis en valeur par les lumières d’Eric Soyer. 

Et bien chantez maintenant !

Évidemment, la danse, dans sa nouveauté frappe d’abord les yeux et les esprits. Cependant, le drame est avant tout porté par la musique de Lully qui révèle si sensiblement les vers du librettiste Quinault. 

À Lire également : Atys pas comme les autres à Genève

Et quoi de mieux qu’une équipe qui rejoue la partie, chacun ayant sa carte maîtresse. Saurez-vous les deviner ? 

Bateleur : ressource, enthousiasme, énergie, motivation 
Le chef Leonardo García-Alarcón à la tête de son ensemble Cappella Mediterranea a, en effet, de la ressource en pagaille pour monter de si beaux projets avec un enthousiasme communicatif. Il impulse une énergie formidable dans les pages dansantes et mime toutes les paroles des airs et des récits dans une proximité touchante avec les chanteurs.

L’amoureux choix, désir, amour, conséquence
C’est Atys, bien sûr, interprété par le haute-contre (ténor aigu) Matthew Newlin. Sa voix est claire et délicate lorsqu’il affirme son amour et la puissance s’accompagne d’une certaine nasalité lorsqu’il découvre les conséquences de ses actes dans une scène de folie (ensorcelé, il tue sa bien-aimée).
C’est aussi la Sangaride d’Ana Quintans qui se fait la championne des appoggiatures de plainte ou de désir, d’une voix droite et cependant arrondie. 

L’envers de la force : faiblesse, impulsivité, agressivité, cruauté
Qualificatifs seyant au personnage de Cybèle que Giuseppina Bridelli incarne avec brio. Amoureuse, son timbre brille, alors que, lorsqu’elle se sent rejetée, sa voix s’incorpore puissamment dans la colère. Terrassée par le chagrin d’avoir perdu celui qu’elle aime, son chant touche dans sa déploration. 

L’empereur : autorité, action, stabilité, responsabilité
Andreas Wolf possède la puissance royale idoine pour Celenus. Sa voix s’accompagne cependant d’un vibrato rapide amenuisant le panache du personnage. 

Le pape : conseil, clairvoyance, sagesse, vertu 
La voix de Victor Sicard en Idas est aussi assurée que son amitié pour Atys. Quittant la douceur du sommeil, son timbre se déploie dans des résonances réconfortantes. 
Mariana Flores est une Doris investie auprès de son amie Sangaride. Sa voix extrêmement centrée et précise revêt une énergie palpable. 

La lune pour le trio interprétant la scène du sommeil, Nicholas Scott, Valerio Contaldo et Victor Sicard étirant leur voix dans une douce volupté.

Le diable vitalité ardeur, plaisir, gloire 
C’est tout ce que la voix grave et résonante de Luigi de Donato véhicule. 

« Atys est trop heureux »

Le public l’est également et fait entendre des applaudissements retentissants aux saluts. Leonardo García-Alarcón et Angelin Preljocaj se fendent d’un petit saut de cabri, ce qu’évitera de faire le public sur les pavés mouillés de l’esplanade du château de Versailles. 

À Lire également : Ballet Preljocaj - Le Lac des cygnes à la sauce CyberPunk

Atys par Angelin Preljocaj (© GTG / Gregory Batardon)

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