AccueilA la UneOpéra de Saint-Etienne : un Enlèvement bien enlevé !

Opéra de Saint-Etienne : un Enlèvement bien enlevé !

COMPTE-RENDU – L’Opéra de Saint-Étienne propose une nouvelle production de « L’Enlèvement au Sérail » de Wolfgang Amadeus Mozart, brisant les barreaux des prisons…

Emprisonnées, Convoitées

De la Liberté : voilà de quoi traite cette histoire où l’enjeu est de se libérer de la captivité physique au Sérail du Pacha Selim pour pouvoir retrouver ses liens amoureux véritables (ceux qui unissent Constance la bien nommée, et Belmonte).

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Et pour traiter de liberté, cette œuvre donne l’exemple en le faisant assez librement. L’Enlèvement au sérail est un Singspiel, alternant parlé et chanté (d’une manière codifiée), l’œuvre est comique, mais sérieuse aussi, promouvant la constance des sentiments, qui se voit récompensée. Loin d’être une « turquerie » caricaturale, le Pacha offre au final une figure classique et magnanime. 

Blondchen, la servante de Constance, est pour sa part convoitée par Osmin, sorte de grand Vizir au service du Pacha, un peu brut de décoffrage, la menace à la bouche.

La dimension comique réside dans la stupéfaction d’Osmin devant la manière dont ces femmes se comportent, avec liberté, et dans ses exhibitions de brutalité. Le personnage clé est Blondchen qui, en servante avisée, sait mener sa barque et sait gérer les hommes, comme le feront Zerlina et Suzanne plus tard, chez le même Mozart. 

Libérées, Délivrées

Les enjeux de captivité et de libération sont symbolisés par un ensemble de cages de toutes tailles, amovibles, figurant selon le metteur en scène Jean-Christophe Mast, les conflits intérieurs dont sont prisonniers les personnages. 

Paradoxalement, l’emploi des cages relève d’une grande liberté : elles sont très nombreuses, de toutes tailles, on s’y assoit, on grimpe, elles montent, descendent et ensemble, composent une sorte de structure centrale où va se dérouler le jeu. Une grande cage ronde au centre qui sera une chambre, une prison…

© Opéra de Saint-Étienne – Cyrille Cauvet

Les costumes réalisés par Jérôme Bourdin (qui signe aussi les décors) évoquent plutôt les années 20 et la mutation de la fin monarchique… libérations encore, potentiellement. 

La volonté émancipatrice intense, épidermique se retrouve pleinement à l’Orchestre Symphonique Saint-Étienne Loire (malgré un petit manque de présence sonore des bois), soutenant l’action. La direction de Giuseppe Grazioli emporte les tempi dynamiques. Le Chœur Lyrique Saint-Étienne Loire reste dans le cadre précis et restreint de cette partition. 

Dans le rôle parlé de Selim, le comédien Denis Baronnet fait merveille avec une incarnation sensible.
Le piquant et sautillant Pedrillo est incarné avec investissement et humour par le ténor Kaëlig Boché, à la voix claire et sonore.
Belmonte, le jeune premier, est hélas quelque peu prisonnier d’un manque de couleur vocale et de force dans les graves mais le ténor Benoît-Joseph Meier assure avec efficacité ses airs solo.
Marie-Eve Munger prête à la cocasse Blondchen sa voix irradiante, limpide, cristalline et présente du grave au suraigu.
Sulkhan Jaiani excelle en Osmin tant dans le jeu que dans le chant, avec une voix abondante, percutante, très longue, figurant la noirceur du personnage mais aussi sa dimension ridicule.
Constance enfin est chantée par Ruth Iniesta, au soprano, presque trop abondant pour le rôle (notamment les vocalises), mais elle se libère dans les arias (tandis que son jeu d’actrice reste un peu prisonnier des clichés du personnage). 

Cet Enlèvement lève l’enthousiasme de la salle qui salue le bel engagement des artistes, dans une production bien menée : l’Opéra décidément, voilà des liens qui libèrent.

© Opéra de Saint-Étienne – Cyrille Cauvet

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2 Commentaires

  1. J’ai beaucoup aimé l’enlèvement au sérail, les costumes, la décoration et les voix sublimes des chanteurs. Et le côté drôle de cette pièce avec Blondchen, la servante de Constance ne fait que rajouter du peps à cette pièce. J’ai passé un très bon moment.

  2. Je deteste les versions modernes de ces opetas magnifiques de ce fait je ne vais plus du tout en voir un quel dommage…mais voir Aida arriver sur un transpalette c est non!!!

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