Petibon et les garçons

FESTIVAL – Dans le cadre du Festival de Paris, Patricia Petibon, Laurent Naouri et Rodolphe Briand animent une soirée opérettes et chansons portée par la Production Les Grandes Voix et accompagnée par l’Orchestre National d’Île-de-France sous la baguette de Laurent Campellone. 

Les titres des extraits des opérettes figurant au programme pourraient à eux seuls raconter toute une histoire: « Ah cher Monsieur, excusez-moi » « Vous aimez le danger »  « j’ai deux amants » « Je veux m’en fourrer jusque-là »

Fil rouge et ligne blanche

Les artistes, eux, choisissent un fil conducteur, un fil rouge, interprété au sens littéral du terme : le rouge pour le canapé, la chemise du baryton, les chaussures du ténor et la chevelure de la soprano. Et le fil, pour celui du téléphone qui  sonne régulièrement au cours de la soirée, à commencer par la sonnerie xylophone de La Voix humaine de Poulenc. Les « Allo, Allo! » inquiets et nerveux se transforment en « Allo? Lolo! », enchaînant  sur une histoire de livraison de rice cooker qui semble tomber comme un cheveux sur le bouillon. La ligne blanche est alors franchie. Les effets comiques sont téléphonés (oui nous aussi on peut en faire hein !), premier degré (bien en dessous des températures de ce début d’été)  et souvent bien appuyés. Par exemple, pour la chanson de Prévert et Kosma, À la pêche à la baleine, les chanteurs arborent des poissons, et Rodolphe Briand enfile un ciré jaune.

 

Noces et banquets

Les artistes sont munis de micro HF, activés pour les dialogues parlés. Celui du chef, qui participe lui aussi à la plaisanterie ne fonctionnant pas, les séquences avec ce dernier tombent à l’eau (en ébullition dans le rice cooker). Les chanteurs font valoir leurs jeux d’acteur, amusant l’auditoire dans des blagues Carambar, dans une ambiance noces et banquets. 

Patricia Petibon ne suivant pas l’adage qui dit que les blagues les plus courtes sont souvent les meilleures, s’engouffre dans de longues séquences (improvisées ?) gesticulées qui, ponctuées de bouts de chansons, passent du coq à l’âne. Le public perd le fil et décroche quelque peu, attendant la chanson suivante pour raccrocher… les wagons. 

Néanmoins, « Le Parti d’en rire » réussit à déclencher ceux du public lorsque Laurent Naouri et Rodolphe Briand se glissent dans la peau de Francis Blanche et Pierre Dac, sur l’air du Boléro de Ravel.  

Ils connaissent la chanson

Les trois chanteurs, riches d’un parcours exemplaire dans le domaine lyrique, se frottent ce soir au répertoire d’un genre plus léger. 

Patricia Petibon interprète les airs en bonne intelligence, s’amusant à débiter les textes à toute vitesse et à faire ressortir la drôlerie de certains passages. Cependant, l’orchestre placé sur la scène, couvre la voix de la soprano légère qui peine à se frayer un chemin jusqu’à l’auditoire. 

Le baryton Laurent Naouri montre un certain panache drolatique lorsqu’il vitupère « Si j’avais été ténor » dans une vigueur soutenue. Cependant, l’énergie constante de sa projection et sa volonté de faire rire l’entraîne à pousser quelque peu sa voix, la beauté du timbre en pâtissant. Il est irrésistible dans son imitation de Claude François dans un court extrait de la chanson – on vous le donne en mille – le téléphone pleure. 

Le ténor Rodolphe Briand possède un timbre bien défini et une accroche solide lui permettant une présence vocale assurée notamment dans l’air d’Offenbach « Jour et nuit je me mets en quatre » (alors qu’il se coince le dos en enfilant un tutu et en chantant dans une banane ). Il s’amuse également à changer sa voix pour faire apparaître les différents personnages de « À la pêche à la baleine ». 

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Les chanteurs se retrouvent dans le canapé pour échanger sur leur soirée bien arrosée (Ah! Quel dîner je viens de faire) et bien applaudie. En bis, ils se répartissent les couplets de « J’aime bien mes dindons, j’aime bien mes moutons  », peut-être est-ce là la clé de la compréhension de l’histoire du rice cooker ? Plutôt que de les compter, on aurait aimé les faire cuire…

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