COMPTE-RENDU — Au Théâtre du Châtelet, Natalie Dessay et Johnny Rasse donnaient rendez-vous pour une insolite matinée : ni tout à fait récital, ni tout à fait spectacle, mais une véritable sortie ornithologique en musique.
Entourés de Shani Diluka, Neïma Naouri et Laurent Naouri, ils invitent le public à tendre l’oreille, entre répertoire classique, comédie musicale, poésie et chants d’oiseaux, pour un voyage aussi ludique que finement construit. Ouvrons les yeux et les oreilles !
Prendre ses jumelles
Tout commence simplement : une pianiste entre en scène, une cage à la main. Vide, bien sûr. Elle l’ouvre et aussitôt, le théâtre se remplit de chants d’oiseaux. Le ton est donné. Ici, on ne va pas seulement écouter un concert, mais partir en observation. Pas de frontière stricte entre les styles : Grieg côtoie Sondheim, Ravel répond à Rodgers, tandis que la poésie de Prévert ou de Lamartine s’invite en chemin. Cette variété ne fragmente jamais l’écoute. Au contraire, elle donne l’impression de passer d’un paysage à l’autre, comme au fil d’une promenade où chaque détour réserve une nouvelle espèce.
Premiers chants, espèces rares
Très vite, un invité peu commun s’impose : Johnny Rasse, ou plutôt, toute une volière à lui seul. La variété des chants proposés impressionne autant que leur précision. Rossignols, merles, goélands ou chouettes surgissent tour à tour, avec une richesse de timbres et de rythmes qui dialogue constamment avec la musique. Et surtout, jamais cela ne rompt l’équilibre : l’humour est présent, mais toujours intégré, jamais envahissant.
Ce qui aurait pu n’être qu’un concept devient une véritable présence scénique. Johnny Rasse ne se contente pas d’imiter : il incarne. Gestes, regards, postures : tout participe à créer une figure à mi-chemin entre l’homme et l’oiseau. On pense parfois, non sans sourire, à un Papageno bien réel, qui aurait troqué sa flûte contre une encyclopédie vivante du monde aviaire.
Le chant, au cœur du paysage
Au centre de cette excursion, Shani Diluka joue un rôle essentiel. Toujours présente, elle accompagne, respire, relance. Son jeu, très expressif, respire avec les chanteurs, colore chaque pièce et donne à l’ensemble une véritable cohérence. À ses côtés, Natalie Dessay impose d’emblée une évidence musicale. Tout semble mesuré, pensé, mais sans jamais perdre en spontanéité. Le phrasé est d’une précision remarquable, la présence scénique intacte, et cette capacité à faire naître l’émotion en quelques inflexions reste toujours aussi frappante.
Neïma Naouri apporte une énergie complémentaire : une palette vocale riche et une implication scénique très affirmée. Elle capte l’attention avec naturel, passant d’un registre à l’autre avec aisance. La participation, non annoncée, de Laurent Naouri ajoute une touche supplémentaire à cette dimension presque familiale du concert, avec une présence théâtrale solide et engagée. L’ensemble fonctionne comme un véritable dialogue : voix, piano, oiseaux. Chacun trouve sa place, sans jamais dominer durablement les autres.
Derniers battements d’ailes
Comme toute bonne observation, la sortie se termine sur un moment un peu à part. Un medley final, joyeux et assumé, vient rassembler Mozart, chansons populaires et clins d’œil inattendus autour du thème des oiseaux. Le public, déjà conquis, suit avec enthousiasme : rires, écoute attentive, et une réception particulièrement chaleureuse au moment des saluts.
Au terme de cette matinée, le carnet d’observation est bien rempli : espèces familières, oiseaux rares, envolées inattendues. Pas besoin d’être ornithologue : il suffisait d’être là, jumelles imaginaires en main, et de se laisser surprendre.
Demandez le programme !
Grieg – Pièces lyriques pour piano
Sondheim – Green Finch and Linnet Bird
Granados – La Maja y el Ruiseñor
Vivaldi – Il Gardellino
Kilar – Musique du film Le Roi et l’Oiseau
Prévert – Pour faire le portrait d’un oiseau
Brahms – Lerchengesang
Berg – Die Nachtigall
Hagen –Naturträne
Ravel – Oiseaux tristes
Debussy – Clair de lune
Debussy – Jardins sous la pluie
Ravel – Trois beaux oiseaux du Paradis
Carmichael – Skylark
Rodgers – Sing for Your Super
Delibes – Les trois oiseaux
Chausson – Le Colibri
Rimsky-Korsakov – Le Rossignol et la Rose
Saint-Saëns – Le Rossignol et la Rose de Parysatis
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Photo de Une : © Bernard Martinez

