Le sitar, jusqu’au bout de la nuit

FESTIVAL – Proposant, durant près d’un mois, des concerts itinérants entre Loire et Allier, au cœur des montagnes qui lui donnent son nom, le festival des Monts de la Madeleine est l’occasion de découvrir de jeunes artistes jouant de drôles d’instruments. Dont l’un, Volodia van Keulen, qui est un précoce maître…du sitar.  

Il est vingt heures, le parvis s’éveille. Celui du prieuré de Saint-Germain-des-Fossés, commune nichée aux portes de Vichy. C’est là, dans ce site clunisien remarquable, que le festival des Monts de la Madeleine fait étape, en une fraîche soirée de juillet, pour proposer l’un de ses nombreux concerts mettant notamment à l’honneur des artistes en devenir. Lesquels, dans ce festival misant beaucoup sur la proximité et l’accessibilité de la musique, se produisent même directement…chez l’habitant, lors de concerts pour le moins atypiques. Mais ici, donc, point de canapés et de chaises disposées au milieu du salon, sinon un édifice religieux en bonne et due forme, avec sa nef, ses vitraux, sa voûte imposante et son acoustique appréciable.

De la Suite dans les idées

Il est un peu plus de vingt heures, et voici donc que s’avance un artiste au look singulier, cheveux au vent et bouc bien taillé, façon d’Artagnan des temps modernes. Mais l’intéressé ne joue pas de l’épée, sinon de l’archet, en tout cas lors d’une première partie de concert où le jeune homme vient faire montre de ses talents de violoncelliste. Car talent il y a assurément, à l’écoute d’abord de deux incontournables du répertoire pour cello, ces Suites de Bach qui ont traumatisé tant d’élèves de conservatoire à l’heure de passer aux choses sérieuses. Mais traumatisé, Volodia van Keulen ne semble guère l’être, lui qui s’acquitte de ces deux œuvres (les Suites n° 4 et 6) avec toute la maestria et la rigueur rythmique nécessaire.

© Festival des Monts de la Madeleine

Il y a ces préludes tout en sobriété, bien sûr, avec leurs motifs implacables, leurs notes liées les unes aux autres avec des manières de haute couture, avec cet archet qui semble comme aimanté par les cordes. Mais il y a surtout ces Sarabandes, ces Gavottes, ces Gigues, soudain plus dansantes, avec un jeu bien plus chantant et des notes gagnant en relief et en vibrato. Pour un peu, le public se lèverait pour amorcer quelques pas d’une Bourrée qui est un sport national, ici, en Bourbonnais. 

Il est presque 21 heures, alors, lorsque vient l’heure d’un petit extra, qui n’a pourtant rien d’une partie de plaisir : une sonate de György Ligeti, un genre d’épreuve de vérité, presque des Jeux olympiques pour violoncellistes. Car ici tous les obstacles se dressent : l’alternance pizzicato-archet-pizzicato, les doubles cordes, les crescendos fulgurants, les accelerandos foudroyants, sans oublier une petite pincée de glissandos pour la note technique. Mais là aussi, l’athlète « VVK » fait comme si tout était simple, s’accommodant de ces difficultés comme de simples formalités, et livrant ainsi une performance propre à maintenir l’audience en haleine près de dix minutes durant.

Super s(i)tar

Il est près de 22 heures, à cet instant, une heure déjà bien avancée de la soirée, moment choisi par le virtuose pour troquer le costume contre la chemise, et surtout pour échanger le violoncelle contre le sitar. Le sitar ? Mais si, cet instrument typique de l’Inde et de quelques pays voisins (Népal, Pakistan), genre d’oud ou de luth à la table d’harmonie bien plus petite, qui se distingue surtout par l’interminable longueur de son manche. C’est ce drôle de joujou, popularisé notamment par Ravi Shankar, que vient donc désormais faire résonner le polyvalent artiste, en étant non seulement accroupi mais surtout…pieds nus (« question de confort », en sourit-il).

Et ça donne quoi, alors ? Ça donne, sur plus d’une demi-heure d’improvisation autour d’un cadre mélodique prédéfini (un raag), des sonorités totalement orientales et définitivement dépaysantes, renvoyant directement vers le Gange, la vallée du Penjab et même l’Himalaya. De quoi prendre de la hauteur pour un public comme hypnotisé par un sacré charmeur de cordes, qui vient les pincer, les frotter, les caresser, avec toute la délicatesse et le savoir-faire d’un artiste à l’inspiration particulièrement fertile. Car il en faut, des idées, pour rebondir sur deux notes et trois croches, et partir, là, tracer un chemin musical presque balisé d’avance, quand tout n’est donc qu’improvisation. 

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Il est près de 23 heures, alors, et le public ne peut qu’applaudir chaleureusement une performance aussi énergique et généreuse, lui qui a conscience qu’il n’entendra sûrement plus du sitar de sitôt.

Demandez le programme ! 

  • J.S. Bach – Suite n°4 en Mi bémol majeur pour violoncelle 
  • J.S. Bach – Suite  n°6 en Ré majeur pour violoncelle
  • G. Ligeti – Sonate pour violoncelle seul
  • Improvisation sur le thème hindou du Raag Yaman   
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