Diamanda, violon brut

CONCERT – La violoniste Diamanda La Berge Dramm offre au public belge un rendez-vous peu commun entre voix et cordes au studio des Brigittines.

Aux Brigittines, l’architecture raconte d’emblée une histoire à deux temps. D’un côté, l’ancienne chapelle baroque du XVIIᵉ siècle, rescapée du couvent fondé par l’ordre de Sainte-Brigitte, devenue salle de concert. De l’autre, un double contemporain — même silhouette, autre langage — tout en lignes nettes et béton apparent, conçu pour accueillir le public.

Bach à Glass

Pour assister au concert de Diamanda La Berge Dramm, le spectateur est ainsi invité à un voyage dans le temps : il traverse d’abord le dépouillement géométrique du béton, avant de rejoindre les briques chaulées et patinées par l’histoire. Dans le même style, le programme invite au voyage dans le temps, de Bach à Glass en passant par La Berge Dramm.

Sur scène, une forêt de câbles, de pédales d’orgue et de caisses sonores compose un paysage technique à la fois imposant et mystérieux. Multipliant les gestes, mêlant l’archet traditionnel au fingerpicking, le looper au scratching, Diamanda La Berge Dramm explore une grammaire sonore hybride, où l’électronique ne parasite jamais le geste instrumental et s’allie au silence, toujours aussi précieux dans la musique.

Muse en mue

Il y a quelques années encore, la violoniste affichait un visage de douceur, classique et sage. Aujourd’hui crâne rasé, Diamanda La Berge rappelle les figures émancipées de Sinéad O’Connor, l’anticonformisme de la violoniste Laurie Anderson ou de 
Félicia Atkinson, avec un petit air vocal de Björk.

Dès son entrée en scène, Diamanda La Berge Dramm semble instaurer un climat de concentration sereine, préparant le public à un exercice d’écoute intérieure. Son approche musicale aux semblants de méditation pourrait s’expliquer par ses origines, où se conjuguent la rigueur classique européenne et l’ouverture expérimentale américaine. Ce rapport au temps, envisagé comme une matière souple et stratifiée, trouve ses racines dans la culture néerlandaise, façonnée par l’adaptation constante aux éléments et par une volonté de dépouillement désintéressée, héritée du protestantisme.

Bach à nu

Douce, austère, la musicienne – qui a confié son nouveau-né à sa mère, la flûtiste Anne La Berge, soutien discret mais constant en dehors de la scène – entre sans un mot. Elle s’installe, et sans attendre, entame une pièce de Jean-Sébastien Bach, tenue dans une élévation sonore, presque impalpable. Les sonorités s’élèvent avec une légèreté insouciante, contrastant avec le répertoire souvent plus tendu et concentré de Bach. Ici, c’est l’aspect éthéré de l’interprétation qui saisit : la ligne mélodique, pourtant d’une épure rigoureuse, parvient à embrasser une large palette, organique dans sa souplesse.
Cette manière d’aborder les cordes témoigne d’une maîtrise accomplie, mais aussi d’un choix esthétique affirmé : celui d’une liberté revendiquée. Diamanda La Berge Dramm transcende la recherche de perfection pour atteindre une forme d’appropriation intime, lumineuse, traversée d’une énergie honnête.

À lire également : Olivia Gay : l’ange gardienne des forêts

Machine à Glass

Il en va de même pour les œuvres de John Cage, restituées avec une apparente aisance, comme si l’interprète en épousait la démarche expérimentale, fidèle à l’esprit de leur conception. Dans Einstein on the Beach, la virtuosité réapparaît sous une autre forme, convoquée par l’exigence cadencée et répétitive de la partition, qui impose une unité gestuelle : ample, mécanique, plus contrainte. Pourtant, même ici, la violoniste semble se placer dans une écoute active du mouvement, laissant le jeu advenir plutôt que le diriger. Tout semble se faire, sans effort apparent, dans une disponibilité rare.

Pour ses morceaux, issus de l’album Chimp, la musique s’hybride avec un violon électronique, des pédales et sons d’ambiance. La voix, simple et en prose, dessine une ligne en parlé et chanté, comme le ferai Björk, Aurora ou dernièrement, Eartheater. Une vraie découverte que l’on conseille aux aventuriers de la musique, comme nous !

Demandez le programme !

J.S. Bach – Partita pour violon n° 2, BWV 1004
J. Cage – Cheap Imitation, The Wonderful Widow of Eighteen Springs
P. Glass – Einstein on the Beach
D. La Berge Dramm – Extraits de Chimp

En Bonus : Diamanda La Berge Dramm, courte bio

Née en 1991 à Amsterdam, Diamanda La Berge Dramm est une violoniste, chanteuse et compositrice néerlando-américaine. Fille du compositeur David Dramm et de la flûtiste Anne La Berge, elle grandit dans un environnement musical imprégné par les courants classiques et d’avant-garde. Elle débute le violon à l’âge de quatre ans et se produit dès treize ans au Holland Festival (en 2005) avant de poursuivre ses études et de recevoir de nombreuses distinctions aux Pays-Bas : le Kersjes Prijs en 2015, le Dutch Classical Talent Tour & Award en 2018 et le Willem Breuker Prijs en 2022.

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]