Bach au citron à Menton

FESTIVAL – Justin Taylor, accompagné par les cordes de l’Orchestre de l’Opéra Royal de Versailles interprète une sélection de pièces pour clavier et orchestre de Bach sur le Parvis de la basilique Saint-Michel Archange de Menton. Ils clôturent ainsi la 76ème édition du Festival de Musique. Un concert à la fois doux et rafraîchissant… comme un citron de Menton !

Le citron de Menton c’est un savoir-faire et un goût qui se perpétuent au fil des siècles, dont l’authenticité est aujourd’hui protégée par une Indication Géographique Protégée. Si l’interprétation de la musique de Bach n’est pas labellisée (et heureusement !), les musiciens de ce soir, sur instruments d’époque et spécialistes du répertoire baroque sont tous attachés à produire une saveur aussi proche que possible de celle recherchée par le compositeur.

Beau zeste !

Le clavier est donc bien sûr un clavecin. Il est accompagné exclusivement de cordes : six violons, un violon alto, un violoncelle et une contrebasse. Justin Taylor dirige lui-même depuis son clavier, par des regards et des mouvements engagés de tête et des épaules, parfois en se retournant pour accéder aux violonistes placés derrière lui. Il cultive les sons tel un agriculteur soignant ses plantes avec la plus grande attention, guidant l’orchestre avec bienveillance, parfois d’un simple sourire. En plus de faire un bond dans l’histoire, le choix de Bach fait écho au début du festival qui s’était ouvert cette année avec ce même compositeur (porté par le violon de Nemanja Radulovic). 

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Comme l’appellation citron de Menton qui admet plusieurs variétés différentes, Bach s’écrit ici au pluriel. En plus du bien connu Jean-Sébastien dont sont proposés trois concertos, une transcription du « Freut euch, ihr Christen alle » (extrait de la cantate BWV 40) et deux morceaux solos, son cousin Johann Bernhard Bach est entendu pour la première fois au festival de Menton. Deux de ses Suites pour clavecin et orchestre (en Ré Majeur et en mi mineur) ouvrent les deux parties du concert. Pour s’assurer que le concert soit le plus accessible pour tous, Justin Taylor présente lui-même le programme au fil de sa soirée, donnant quelques indications et anecdotes rapides sur chacune des œuvres proposées. 

Entre sucre et fraîcheur : les saveurs complexes de Bach

Comme un jus de citron pris après le réveil, les suites de Jean Bernhard Bach font l’effet d’un bon coup de fouet pour lancer les parties avec énergie, notamment grâce aux tempi vifs de leurs danses où le clavier accentue subtilement les temps forts pour contribuer à leur entrain, sans les alourdir. Cette vigueur vivifiante se retrouve aussi par exemple dans le premier mouvement du concerto en ré mineur (BWV 1052) où le clavier rebondit allègrement sur les cordes et réciproquement. Le volume des instruments emplit entièrement le parvis, l’écoute est immersive. L’équilibre entre les sections est maintenu, permettant à chaque instrument de s’exprimer, tout en conservant le clavecin comme pièce centrale. 

Les cordes tissent la matrice musicale qui, telle la pulpe, renferme le jus délectable du clavecin, dans le deuxième mouvement du BWV 1052 par exemple où comme un murmure prudent, le clavier se pose sur l’ambiance presque intrigante dessinée par l’orchestre. Dans le largo du concerto en fa mineur (BWV 1056), la poésie du clavecin à la fois douce-amère, presque mélancolique, est appuyée par la délicatesse des pizzicati. La souplesse et la précision du phrasé génèrent une intensité particulière qui ne découle aucunement de la force. La maîtrise globale offre une cohérence dans la finesse des évolutions de nuances que Justin Taylor manie habilement, pour exprimer la sensibilité à fleur de peau de ce même mouvement, ou pour amplifier progressivement la brillance croissante d’autres passages comme le virtuose allegro du BWV 1052. La précision des instrumentistes permet en plus de conserver l’unité rythmique entre l’orchestre et le clavecin dans la vitesse. 

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Cocktail de rappels

Pour conclure le concert, les musiciens proposent une sélection de rappels vitaminés. La netteté des attaques de cordes donne son esprit acidulé à l’espiègle Attaque des moulins à vent du Don Quichotte de Georg Philipp Telemann. Le rythme doucement appuyé et la verdeur de l’interprétation confèrent un ton vif à l’arrangement de la Danse des Sauvages issue des Indes Galantes de Rameau (petit clin d’œil au cœur du répertoire de l’orchestre tourné vers le baroque français). Et pour finir le festival avec du Bach, c’est un arrangement de l’Air de la troisième suite d’orchestre qui est proposé en dernier. Le rythme légèrement alangui du clavecin sur lequel se posent les aigus finement ciselés des cordes. Ils confèrent ainsi à cet air une mélancolie douce, à la fois sucrée et amère, telle une citronnade dégustée dans l’atmosphère suspendue d’une nuit d’été, correspondant bien aux émotions de cette fin de festival mêlant sentiment d’accomplissement et nostalgie des concerts passés. 

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