DANSE – Les premiers pas du Festival de Sablé-sur-Sarthe 2025 sont des pas de danse, ceux de la Compagnie Fêtes galantes (de la danseuse baroque et chorégraphe Béatrice Massin) qui ressuscite « Que ma joie demeure » près d’un quart-de-siècle après sa création.
Assurément, cette joie demeure ! Celle qui renvoie à un fameux choral de Bach : « Jesu bleibet meine Freude » (Jésus que ma joie demeure), référence qui a aussi bien inspiré le titre d’un roman de Jean Giono en 1935 qu’une pièce d’Alexandre Astier en 2012.
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La joie de la bande-son de Bach demeure par-delà les siècles, ici dans une version enregistrée Koopman et Herreweghe, embarquée dans une folie rythmique qui emprunte autant à la danse de cour qu’aux jeux d’enfants (possédés). Les danseurs deviennent percussions, motifs chorégraphiés et thèmes musicaux qui se répondent, se dédoublent, se désarticulent.
Et la joie se fait passion, sur ce plateau en rectangle rouge vif, façon mini-arène, sur laquelle dix danseurs (Lou Cantor, Antonin Chediny, Rémi Gérard, Yan Giraldou, Marion Jousseaume, Mylène Lamugnière, Léa Lansade, Clément Lecigne, Enzo Pauchet et Alessia Pinto) font du style baroque leur terrain de jeu. Littéralement.
On commence dans le bon goût absolu : pantalons rouges, chemises fluides, port de bras bien tenu. Et puis peu à peu, les corps s’échauffent, les codes s’effacent, les vêtements tombent (mais restons calme, on reste chez Bach), et la rigueur cède la place à la sueur, à la course, au cri, oui, le cri. Mais rien n’est laissé au hasard, pas même l’abandon.

Fugue pour pieds nus
Progressivement, tout explose : la danse baroque éclate en gestes contemporains, les bras ronds deviennent des moulinets, les postures nobles se mutent. Bref, l’aristocratie baroque voyage dans le contemporain : on saute, on court, on crie, on tape du pied sur cette scène transformée en un terrain de jeu revendiqué, jusqu’à l’extase finale.

Quatre rappels plus tard, le public est debout, battant des mains à l’unisson, tandis que les artistes prolongent leur course jusqu’aux saluts. Les applaudissements finissent en salves rythmiques, comme si le public, lui aussi, voulait participer à la transe collective. On soupçonne même certains spectateurs (les plus sages en apparence) d’avoir secrètement rêvé de courir à leur tour sur le plateau, bras en moulinet, et de jalouser un peu cette bande de danseurs fous, libres, en sueur, et heureux.
La joie demeure, et elle court vite.


