COMPTE-RENDU – Pour conclure leur quatrième édition, les Rencontres Musicales de Nîmes proposent aux Jardins de la Fontaine, un grand concert dédié à la musique concertante. Avec l’Orchestre Consuelo, les trois directeurs artistiques du Festival, Alexandre Kantorow, Liya Petrova et Aurélien Pascal sont à l’honneur. Ils sont rejoints par une sélection de solistes invités.
Un programme détonant : le répertoire concertant dans tous ses états
Après la pluie vient le beau temps ! Si le concert de la veille s’est déroulé en air humide, c’est aujourd’hui sous un ciel clément que se tient la soirée. Elle est consacrée à la musique concertante dont elle donne un aperçu de l’étendue et de la diversité du répertoire. En plus de la nature des instruments à l’honneur (violon, violoncelle, piano, alto) à un, à deux ou à plusieurs avec l’orchestre, elle mélange habilement les époques du baroque au contemporain et les genres. À l’image d’un feu d’artifice, le programme trouve donc sa cohérence dans son éclectisme et ses couleurs variées. Chaque extrait est une surprise dont l’effet provient autant de son charme intrinsèque que de son caractère inattendu.
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Des chandelles romaines aux serpenteaux : à chacun son attrait
Et les artificiers de la soirée savent y faire. Le Rondo Allegro du Treizième Concerto pour piano de Mozart pétille sous les doigts d’Aurèle Marthan. Dans le double Concerto pour deux violoncelles et orchestre de Vivaldi, les tirs d’Aurélien Pascal et Edgar Moreau sont coordonnés de façon à conférer un élan vivifiant dans les dialogues comme à se fondre dans la profondeur des accords. La maîtrise de leur instrument offre à leur jeu une impression de facilité.

La magie des feux d’artifices c’est aussi l’écho lointain d’une explosion, les lumières hypnotiques apparaissant et disparaissant dans le ciel. À cet égard les violonistes Clémence de Forceville et Charlotte Juillard parviennent à conférer à l’Echorus de Philip Glass son ambiance suspendue. La pureté cristalline de l’orchestre souligne la reproductibilité des effets de miroirs entre les sons des deux violons.

Dans la fugacité du double Concerto pour deux altos et orchestre de Telemann, Grégoire Vecchioni et Paul Zientara insufflent autant d’égayement au second mouvement que de suave mélancolie au troisième.

La fusée Petrova parée au décollage
Telle une fusée lancée dans le ciel, suivi d’une fumée encore brillante sous l’effet de sa lumière, le violon de Liya Petrova s’élève dans L’Envol de l’Alouette de Vaughan Williams. La finesse de son jeu semble produire une palette sonore aussi précise que complexe. Elle fait évoluer subtilement la musique par sa maîtrise des nuances de volumes et des ornements mélodiques aussi délicats que pertinents. Comme la fusée, le son finit par exploser, déversant dans la nuit un festival de couleurs et d’étincelles. Il matérialise ainsi la noblesse de l’oiseau déployant ses ailes. Se plaçant régulièrement face à l’orchestre, elle instaure un échange particulièrement cohérent avec celui-ci.

Alexandre Kantorow termine la soirée avec les deux derniers mouvements du Quatrième Concerto pour piano de Beethoven. L’opalescence de son jeu aérien participe à l’impression d’évanescence de l’Andante con moto se diffusant tel un chant éthéré. L’orchestre y manque en revanche de substance et de tenue pour créer un véritable relief face au piano. Il devient cependant plus saisissant sur le troisième mouvement où des éclats brillants se forment de la fusion des sonorités pianistiques et orchestrales.

Après les détonations formées par les applaudissements du public, en grande partie debout, ce n’est pas un bouquet final tonitruant qui est proposé mais un apaisant extrait de Trio de Mendelssohn interprété par les trois directeurs artistiques du Festival. Il apparaît ainsi comme les prémices du calme revenant après une telle tempête de virtuosité.


