COMPTE-RENDU – Pour sa troisième édition, le Festival Haydneum propose au Palais Esterházy de Fertőd en Hongrie Armida (de Haydn, bien entendu), servie par une distribution qui la défend avec tout l’investissement voulu, pour lui rendre pleinement justice.
Si l’on entend bien souvent parler du « divin Mozart », au Palais Esterházy de Fertőd, c’est à Haydn que l’on voue un culte – moins « Papa Haydn » que patriarche, ayant influencé les générations futures. Ce n’est que justice, pour celui qui a consacré tant d’années aux divertissements musicaux de ce château hongrois.
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Haydn en son palais
Se rendre à Fertőd est une sorte de pèlerinage en soi, où l’on vient dans son temple adorer Haydn. Centre de recherche hongrois, l’Haydneum a la particularité de combiner l’interprétation des œuvres de Haydn et de ses contemporains, à un travail de recherche sur les archives, de restauration des manuscrits, et de digitalisation des partitions. Une activité à 360 degrés, défendue par le directeur artistique Gÿorgy Vashegyi, qui conduisait le 29 août Armida – avant-dernier opéra du compositeur, et dernier composé pour la cour des Princes Esterházy. Une version de concert seulement, sans les décors fantastiques que le livret appelle ; mais les dorures du salon où se tenait le concert, couronnées d’une fresque représentant Apollon sur son char, offraient un sanctuaire tout trouvé pour cette musique.
Païens versus chrétiens
C’est une histoire culte de rivalités religieuses que Haydn met en musique, avec les amours bien connues d’Armida et Rinaldo ; et si le livret n’est pas des plus affutés dramatiquement, qu’importe lorsque le couple de solistes donne autant de lui-même ? On ne s’étonne pas qu’avec la voix de Vasilisa Berzhanskaya, la magicienne ébranle la foi du chevalier chrétien : graves très profondément ancrés et aigus acérés, diction qui va de la sensualité à la fureur, musicalité de tous les instants, aurait-on pu espérer une voix plus adéquate ? On est surtout admiratifs de l’intelligence de l’interprète, qui donne à chaque phrase de la partition une nuance, une couleur, ou une qualité d’articulation, que jamais elle ne laisse au hasard.

Rinaldo ne sacrifiera finalement pas la foi sur l’autel de l’amour : le ténor Zoltán Megyesi endosse avec vaillance l’armure du chevalier, d’une voix remarquablement projetée, remplissant, presque jusqu’à saturation, l’acoustique très résonante des lieux. Le duo final de l’acte I est un grand moment vocal, où se déchaînent les décibels aussi bien que les vocalises et le feu des sentiments.

Communion d’ensemble
Les rôles secondaires ont évidemment moins d’impact dramatique et musical que le couple phare, à l’exception peut-être de l’Idreno de Szilveszter Szélpál, qui lui donne toute l’autorité attendue. La soprano Ella Smith est tout en délicatesse en Zelmira, là où Attila Varga-Tóth, en Ubaldo, déploie au fil de l’œuvre un aplomb bienvenu, inspiré notamment par ses collègues dans le trio clôturant l’acte II. Dernier membre de la distribution, le ténor Léo Guillou-Keredan se voit confier un rôle (Clotarco) qui lui offre certes peu à chanter, mais où il se révèle convaincant.

Le chef Gÿorgy Vashegyi a ainsi trouvé des interprètes à la hauteur de l’enjeu, soutenus dans leur office par les musiciens de l’Orchestre Orfeo. Avec ses échos de L’Enlèvement au Sérail, la partition prend sous leurs mains une densité théâtrale maintenue jusque dans les pages les plus tendres. Mais c’est surtout dans le troisième acte, lorsque la colère d’Armida se déploie, qu’ils révèlent toutes les couleurs et le brillant dont ils sont capables, démultipliés par l’acoustique des lieux.
On ne peut qu’espérer que cette célébration trouvera son accomplissement dans un enregistrement, car cette version ne serait pas de trop dans une discographie bien mince. Les louanges de Haydn n’ont peut-être pas fini d’être chantées.


