CONCERT – La mezzo-soprano Lea Desandre interprète en compagnie de l’Ensemble Jupiter les Lachrimæ et le First Book of Songs de John Dowland, en écho aux arias extraits de The Fairy Queen et de Didon et Énée de Henry Purcell, entre mélancolie et passion baroque.
La saison de Bozar s’ouvre avec un concert consacré aux fastes de la musique anglaise du XVIIe siècle, en coproduction avec La Monnaie. Si le glas de l’été résonne dans une Bruxelles pluvieuse, il offre en retour un spleen typiquement british, avec son fog, sa pluie et les éclats lumineux d’une voix qui transperce la grisaille.
My sleeps are full of dreams, my eyes are full of steams.
» Mon sommeil est peuplé de songes, mes yeux sont voilés de brumes », Comme again, John Dowland.
Nouvelle artiste en résidence à Bozar pour la saison 2025–2026, la mezzo-soprano franco-italienne Lea Desandre s’installe à Bruxelles forte d’un parcours déjà marqué par une carrière internationale florissante. Aux côtés de l’Ensemble Jupiter, fondé en 2018 sous l’impulsion du luthiste Thomas Dunford, son partenaire sur scène comme dans la vie, Lea Desandre poursuit une complicité artistique née il y a trois ans en Vendée, dans les jardins du chef d’orchestre baroque William Christie.
« Semper Dowland, semper dolens » (toujours Dowland, toujours triste)
John Dowland (1563–1626) est un des maîtres de la mélancolie musicale, à la charnière de la Renaissance et du baroque. Son First Booke of Songes or Ayres (1597), premier recueil anglais publié sous forme de « livre de table », connut un immense succès et fut réédité à plusieurs reprises. On y trouve Come Again, l’une de ses pièces les plus célèbres, où transparaissent nettement les influences italiennes.
Dans cette esthétique de la plainte, la voix de Lea Desandre s’élance, fine, parcourant la partition avec une profondeur étirée qui semble porter en elle un fragile espoir, et en même temps le désir puissant d’abandonner. Cyclique et aérienne, mais toujours tenue dans une noblesse maîtrisée, elle oscille entre la douceur enfantine et la gravité lourde et profonde des textes, tandis que les cordes du luth en soulignent la profondeur.
Plus enlevé et fédérateur, Henry Purcell (1659–1695) invite Lea Desandre à sortir un peu d’elle-même. Dans The Fairy Queen, un « Restoration Spectacular » en cinq actes créé en 1692 au Queen’s Theatre de Londres, le compositeur puise dans l’imaginaire shakespearien. Inspirée du Songe d’une nuit d’été, l’œuvre fut largement adaptée pour séduire le public de la Restauration.
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Vive, piquée, vibrante, Lea Desandre déploie des vibratos d’une ampleur parfaitement maîtrisée, ponctués de glissandos irréprochables. Sa voix, souple et précise, passe d’une tenue aérienne à la véhémence dramatique dans Ah, Belinda, puis à une douceur profonde et magnanime dans If love’s a sweet passion ou O let me weep. Avec le jeu de questions/réponses avec les musiciens, la solitude et la torpeur s’effacent un peu.
Ovationnée par le public, Lea Desandre retrouvera bientôt un élan dramatique avec Theodora de Haendel en octobre, avant de se consacrer aux comédies musicales portées par Julie Andrews à la fin de saison. Ce sera l’occasion de revisiter des classiques tels que West Side Story de Leonard Bernstein, Mary Poppins de Robert et Richard Sherman, My Fair Lady de Frederick Loewe et La Mélodie du bonheur de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein.
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