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Musica à Strasbourg : mystique électronique

FESTIVAL – La 43e édition du Festival Musica invite pour la première fois le compositeur anglais Gavin Bryars et son ensemble, accompagnés de la soprano Sarah Gabriel, dans le cadre d’un concert à l’église Saint-Paul de Strasbourg organisé en partenariat avec le Centre Pompidou-Metz et l’Abbaye de Noirlac. La seconde partie est assurée par la compositrice, organiste et performeuse écossaise Claire M Singer. 

Pour le Festival Musica, ouvert aux multiples facettes de la création contemporaine, il manquait encore une soirée dédiée à la musique de Gavin Bryars*, l’un des représentants les plus marquants de la scène expérimentale britannique depuis les années 1970.

Fender meets Pétrarque

C’est donc en personne, la démarche droite et tranquille, avec pour appui une imposante canne, que ce dernier prend la parole (en français) au début de la soirée, pour indiquer l’ordre de passage de ses trois cycles de compositions vocales : 4 pièces issues des 54 Lauda écrites entre 2001 et 2020 à partir du Laudaire de Cortone, manuscrit italien médiéval comportant des chants religieux, The Adnan Songbook (1996) écrit à partir des poèmes de Ethel Adnan, et, en création mondiale, des extraits de ses Songs from The Seventh Book of Madrigals (2025), composées sur des poèmes de Pétrarque.

Dans l’atmosphère feutrée du chœur de l’église Saint-Paul doucement éclairé de nuances colorées, l’ensemble apporte un soin constant à la résonance : à la guitare électrique, le jeu délicat de James Woodrow déroule de fins arpèges réverbérés tandis que les altistes Garth Knox, Kate Wilkinson et la violoncelliste Audrey Riley soutiennent des bourdons enveloppants pour accueillir et prolonger la ligne vocale. Celle-ci est portée par le timbre peu vibré de la soprano Sarah Gabriel qui, bien qu’amplifiée par micro, sait s’effacer pour répondre à la sobriété et la quiétude des pièces. D’abord fragile, sa voix s’affirme progressivement et fait entendre des aigus parfaitement clairs ainsi que des glissandos maîtrisés. Alternant contrebasse (avec son fils Yuri) et direction, Gavin Bryars révèle une immuable précision et une clarté rythmique, irradiant jusque dans les silences. 

Orgue et platine

Dans l’obscurité quasi complète de l’église, le jeu méthodique de Claire M Singer sort peu à peu le grand orgue de sa torpeur : à partir d’un simple accord maintenu au moyen de baguettes en bois, la musicienne façonne une texture sonore sans cesse mouvante, alimentée par les manipulations des jeux de l’orgue. Balançant régulièrement la tête, tirant les jeux et réglant l’intensité des bandes électroniques préenregistrées, la musicienne ressemble à une DJ face à sa console.

L’intégralité de l’acoustique de l’église est convoquée. Devant les regards étonnés de l’assistance, sous les sons de la bande électronique, Claire M Singer quitte l’orgue de tribune pour faire sonner l’orgue de transept, situé de l’autre côté de l’église, à gauche du chœur. Les infrabasses de l’orgue vrombissent, se confondent avec les drones électroniques, puis s’estompent, dans un lent decrescendo parfaitement dosé. 

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Comme bercé par la pénombre et les boucles répétitives, le public applaudit longuement l’artiste, qui, tout sourire, passe rapidement et discrètement au milieu du public.

*Le concert sera diffusé le 8 octobre à 20h, dans le Concert du Soir de France Musique

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