DANSE – Dans les sous-sols de la Seine Musicale, la chorégraphe espagnole Blanca Li signe une expérience immersive ambitieuse qui fusionne danse et réalité virtuelle. Un concept séduisant mais qui pèche sur quelques points techniques et narratifs. À découvrir à la Seine Musicale jusqu’au 2 novembre.
Bianca et les avatars
Casque vissé sur la tête, capteurs accrochés au corps (notamment aux mains et aux pieds), il faut compter une bonne quinzaine de minutes pour transformer les douze spectateurs en avatars virtuels. Et nous voilà affublés de masques d’animaux : lapin, cerf, zèbre, tigre, grenouille, chat, … – car les visages humains, apparemment, sont affreux en VR. Avant d’entrer en piste, nouvelle étape obligée : cinq minutes supplémentaires pour choisir son costume virtuel dans un boudoir numérique signé Chanel. Une première pour la maison de couture dans l’univers de la réalité virtuelle. Rien de bien original, on reconnaît sans surprise les tailleurs et robes emblématiques reproduits en 3D. Et nous voilà, enfin prêts pour 35 min d’immersion.
VR à l’eau de rose
Le pitch ? Adèle, jeune et jolie, célèbre son retour à Paris lors d’un bal donné en son honneur par son papa, jusqu’à ce qu’un mystérieux Pierre vienne troubler la fête. Amour de jeunesse sacrifié pour découvrir le monde et vivre ses propres expériences… Retrouvailles. Et devinez qui sera le plus fort que tout dans la ville de l’amour ? En trois actes, trois ambiances musicales se succèdent : une valse de la Belle Époque, une atmosphère plus gipsy avec un orchestre gitan dans un labyrinthe où l’on se suit à la queue leu leu, et enfin le fameux French cancan façon Maxim’s et Moulin Rouge avec quelques regards coquins à travers le trou de la serrure. Une histoire d’amour classique et universelle, certes, mais un brin niaise.
Pirouettes techniques
Deux danseurs professionnels de la troupe de Blanca Li nous guident et nous invitent à entrer dans la danse en nous prenant par la main. Mais pas d’inquiétude, nul besoin d’être un danseur de l’Opéra : l’expérience s’adapte à tous, novices de la VR comme piètres danseurs (dès 13 ans). Les chorégraphies restent simples dans cet espace restreint : grande ronde, jambes levées à droite et à gauche, valse avec son partenaire. Attention toutefois aux collisions de casques ! Sans compter quelques bugs agaçants qui peuvent survenir : un pied complètement retourné, un avatar bossu ou une main qui disparaît…
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Et l’humain dans tout ça ?
Primée à Venise pour son innovation technologique, cette création interroge autant qu’elle séduit. Entre poésie virtuelle, haute couture et performance dansée, Blanca Li nous tend un miroir déformant de nos rapports au spectacle et à l’interaction. Mais, même si l’on passe un moment sympathique, on est soulagé d’ôter le casque – 15 min de plus auraient été de trop. Et quand vient le moment de danser « pour de vrai », lors du petit cours qui suit, on se dit que le virtuel, c’est bien joli, mais que rien ne vaut le contact humain. Les cours de danse et les spectacles vivants ont encore de beaux jours devant eux.

