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Seine Musicale : il était une fois Ennio

CONCERT – À la Seine musicale, le Band Original Orchestra revisite l’œuvre du maître absolu du Western : Ennio Morricone. Le rer a sifflé trois fois, et nous y voilà !

Vous pensiez voir un orchestre symphonique bien rangé, avec ses pupitres en rang d’oignon et un chef en queue-de-pie ? Raté ! Morricone était un compositeur hors norme, alors il fallait bien un orchestre à son image. Ici, la musique ne se contente pas d’être jouée, elle vit, elle respire, elle trotte même… au son d’une guitare qui imite les sabots des chevaux. La flûte ? Une locomotive soufflant sa vapeur. La batterie ? L’ostinato mécanique d’un train lancé à pleine vitesse. Sans oublier, bien sûr, l’harmonica solitaire et le sifflement qui nous projettent aussitôt au beau milieu d’un duel sous le soleil brûlant de Monument Valley.

Band Original Orchestra – despera-douze

Le Band Original Orchestra, dirigé (ou plutôt lâché en pleine nature) par Romain Théret, ne fait pas que jouer Morricone : il l’incarne, avec un enthousiasme communicatif. Ça virevolte, ça bouge, ça change de place : le pianiste part aux percussions, le chef d’orchestre prend la batterie, les cordes jouent face au public, puis lui tournent le dos, puis reviennent… Une véritable chorégraphie instrumentale orchestrée par Nathalie Spinosi, servie par les lumières ingénieuses de Nicolas Didier et Sébastien Bergal, qui sculptent l’espace et mettent en valeur les instruments-clés de chaque morceau. Du bleu, et mélanges de rouges et oranges rappelant les décors aride du western spaghettis. Un véritable cinéma pour les oreilles… et pour les yeux !

Si certains chefs d’orchestre règnent sur leur ensemble d’un geste impérieux, Romain Théret, lui, préfère plonger avec ses musiciens dans l’action. Batteur, arrangeur et directeur musical, il démarre en dirigeant… avant de progressivement lâcher prise, laissant l’orchestre de 12 instrumentistes s’auto-gérer comme un gang bien rodé. De temps en temps, il reprend la main, mais le plaisir de l’instant l’emporte : les musiciens sont lancés, autonomes, et plongés dans l’écoute mutuelle. Finalement, c’est un peu comme dans un bon western : chacun connaît son rôle, et l’harmonie (musicale, pas celle du saloon) s’installe naturellement.

Il était une fois Ennio

Et puis, il y a Roberto Zibetti, qui n’interprète pas Ennio Morricone, mais qui l’habite avec une sincérité troublante. L’acteur et scénariste, armé des véritables archives d’entretien du compositeur, nous offre un moment suspendu. Ce n’est pas une simple lecture, mais un dialogue subtil avec l’orchestre. Pas de cassure entre les passages parlés et la musique : tout s’entrelace avec une fluidité cinématographique. Son entrée, accompagnée du trompettiste Hervé Michelet, est d’ailleurs un des moments les plus marquants : un duo symbolique entre l’homme et le musicien, comme un clin d’œil au double héritage du maître disparu. On y suit Morricone depuis son inscription au conservatoire, sa relation avec son père, jusqu’à la reconnaissance (tardive) de ses pairs. Comme il le disait lui-même, « le petit Morricone » a fini par s’asseoir à la table des géants.

Chorale : Okay !

D’un côté, Julia Spinosi, qui tente de rivaliser avec Edda Dell’Orso – la soprano légendaire des bandes originales de Morricone. Tenter de lui faire de l’ombre ? Difficile, les cowboys ont l’habitude de régler ça en duel ! Plus sérieusement, Julia Spinosi rend ici un hommage sincère, même si son timbre et sa technique la rapprochent davantage du chant baroque que du lyrisme cinématographique. Ses aigus, d’une clarté aérienne, évitent l’excès de puissance et se fondent avec élégance dans l’orchestration. À ses côtés, Mattea Spinosi incarne le contrepoint parfait : une tessiture d’alto, un coffre bien affirmé, et une couleur vocale qui flirte avec l’univers de la comédie musicale.

À lire également : Ennio Morricone, depuis et pour toujours

Les deux chanteuses, équipées de micro-casque, sont bien soutenues par le travail minutieux des ingénieurs du son Nicolas Servant et Pierre Chabaud. Seul petit bémol : lors des passages orchestraux les plus denses, notamment ceux où tout le monde joue fortissimo, les voix auraient mérité un léger réajustement pour éviter d’être couvertes. Mais bon, dans un western, il y a toujours un peu de poussière qui vient troubler la vision, non ?

Verdict : un Morricone grandeur nature

Avec cette relecture audacieuse et immersive, le Band Original Orchestra réussit un véritable tour de force. Plus qu’un simple concert, c’est une plongée totale dans l’univers de Morricone, où musique, théâtre et mise en espace s’entremêlent dans une fresque sonore et visuelle. Un pari risqué, mais relevé haut la main. La salle est conquise et friande du rappel donné par les musiciens, mais il faut toujours quelqu’un de raisonnable pour siffler (toi fois ?) la fin de la fête, sinon cette soirée ne se serait jamais terminée, et on y serait encore…

Séances supplémentaires d’Ennio Morricone et le cinéma italien le 16 mars à la Seine Musicale

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