DISQUE + DVD – C’est une production de mai 2024 que propose le label Château de Versailles Spectacles, avec cet Enlèvement du sérail qui n’est autre qu’une traduction française de l’œuvre. La mise en scène colorée de Michel Fau nous plonge dans un Orient fantasmé, tel que le XVIIIème siècle en avait le secret.
C’est dans un coffret réunissant deux CD et un DVD que le label Château de Versailles Spectacles propose L’Enlèvement du Sérail – comprenez par là la version française de l’opéra de Mozart, telle que le public parisien a pu la découvrir en 1798.
L’enlèvement à Versailles
Quel meilleur endroit que l’Opéra Royal pour accueillir cette production, que l’on qualifierait de curiosité ? Car c’est vraiment pour ses qualités de reconstitution historique qu’il faut considérer cette version française, adaptée par Pierre-Louis Moline : en effet, le livret perd beaucoup dans cette traduction, qui le prive du mordant et des allitérations de la langue allemande, et de sa musicalité bien particulière. Il faut donc aborder ce spectacle comme une aventure, qui déploie sous nos yeux une « turquerie » telle que les XVIIème et XVIIIème siècles en raffolaient. On s’attend, à tout moment, à voir surgir Monsieur Jourdain, dont Sélim est peut-être un avatar sérieux et éclairé – quoique…

Michel Fau alla turca
En effet, le Bacha Sélim de Michel Fau – à la fois metteur en scène et acteur de cette production – oscille entre le comique et le dramatique, dans un entre-deux irrésolu : vraiment barbare ? vraiment amoureux ? plutôt mamamouchi ou maître de philosophie ? On flotte, à son image, dans l’indécision, mais l’ensemble penche globalement vers la farce, avec des trouvailles comiques auxquelles les gros plans de la captation ne rendent pas justice – rien de pire pour une farce que d’en voir les ficelles ! Mais pour la turquerie, on ne saurait faire mieux, avec ces grandes portes mauresques, ce palais des mille et une nuits et ces costumes chamarrés. Reste un piège de l’œuvre mozartienne : la longueur des airs et ensembles. Michel Fau semble parfois y tomber, et parfois l’assumer – c’est ainsi carrément devant le rideau de scène fermé que Belmonte meurt d’amour pour les beaux yeux de Constance. Mais dans l’ensemble, on trouve qu’il y manque de direction d’acteurs, quand bien même c’est une tendance du livret original de suspendre l’action.

Mais la musique, monsieur, la musique…
En Belmont et Constance, Mathias Vidal et Florie Valiquette réalisent un vrai travail d’expressivité, ne se satisfaisant pas des ornements et difficultés de la ligne, mais cherchant à sculpter le texte et la phrase. À leurs côtés, on pourrait croire que Blonde et Pédrille se distinguent avant tout par leur comique ; mais Gwendoline Blondeel et Enguerrand de Hys allient, à la qualité des dialogues parlés, des qualités vocales évidentes, tout comme l’Osmin de Nicolas Brooymans qui, de toute sa hauteur, se met en colère tout son soûl, quand il en a envie, et fait frémir par la profondeur de ses graves. Gaétan Jarry, ici maître de musique à la tête de l’Orchestre de l’Opéra Royal, ne manque pas de finesse dans sa direction, soulignant les nombreux solos des vents et les interventions des cuivres, mais se mettant au service du chant. L’ensemble est coloré, sans l’exubérance des costumes et des décors, mais avec ce qu’il faut de l’Orient fantasmé par Mozart.
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Nous reste malgré tout la nostalgie du texte original ; car en prose comme en vers, c’est encore en allemand que le sérail chante le mieux.
Pourquoi on aime ?
- Pour l’intérêt historique
- Pour les décors et costumes, qui assument une « turquerie » d’un autre temps
- Pour l’engagement de la distribution à défendre cette version inédite
C’est pour qui ?
- Pour les inconditionnels de Michel Fau, qui retrouveront ses scénographies chamarrées et son humour
- Pour les curieux, qui se demandent à quoi ressemble un opéra allemand en VF

