OPÉRA – Le 7 novembre 2025, l’Opéra de Massy ouvrait ses portes aux Pêcheurs de perles de Bizet, interprété par l’Orchestre national d’Île-de-France sous la direction de Robert Tuohy, dans une mise en scène signée Éric Perez. Autour d’Erminie Blondel (Leïla), Sahy Ratia (Nadir), Jérôme Boutillier (Zurga) et Patrick Bolleire (Nourabad), cette production proposait un voyage intérieur, suspendu entre réalité et rêve.
Dès l’ouverture, le spectateur est happé dans une atmosphère diaphane. Un décor minimaliste : un plan incliné, un écran de projection vertical, un voile translucide qui enveloppe la scène. La lumière, mouvante et irisée, traduit les moindres inflexions de la musique. Sous ce voile, trois corps reposent : figures endormies prêtes à s’éveiller. Zurga se lève le premier, sa voix puissante déchirant le silence, bientôt rejoint par Nadir. Tout, ici, semble naître du rêve : les costumes blancs, les gestes mesurés, la lenteur presque méditative des entrées.

Marchand de fables
L’orchestre, d’une précision exquise, se fait le tisseur de ce voile sonore. Le chœur Fiat Cantus et l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Massy, dirigés par Thomas Tacquet, occupent l’espace scénique et acoustique avec une belle cohésion. Le moment où Leïla surgit lentement de sous le voile, baignée de lumière, demeure l’un des instants les plus poétiques du spectacle : pure apparition, image d’une grâce irréelle.

Lyrique, onirique

Mais le rêve s’assombrit. La lumière se fait rouge, les projections se troublent, la mer onirique devient tempête. Leïla, perchée dans les hauteurs, figure angélique, semble flotter dans l’imaginaire d’un Nadir au sommeil agité. Cette tension entre douceur et fièvre donne toute sa force à la mise en scène. Les interventions chorégraphiques de la Compagnie par Terre, peinent toutefois à s’intégrer à ce climat suspendu : gestes trop terriens dans un monde d’éther. Les images de rituels projetées comme des fragments d’un cauchemar pour illustrer la violence de la condamnation à mort de Leïla et Nadir sont aussi surprenantes et ne semblent pas avoir de liens directs avec l’action.
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Le final boucle la rêverie : Zurga, Nadir et Leïla regagnent le voile initial, se dissolvent dans la lumière comme dans un dernier souffle. Tout n’aura donc été qu’un rêve, un mirage né du chant et de la musique. Musicalement, la soirée s’impose par son raffinement et la justesse expressive des choristes et des solistes, notamment Jérôme Boutillier, d’une intensité remarquable dans son jeu sur scène. Et lorsque le voile se referme, le public, ému, semble sortir lui aussi d’un sommeil lumineux.

