AccueilA la UneOpéra de Paris : Il est revenu le temps de La Cathédrale

Opéra de Paris : Il est revenu le temps de La Cathédrale

DANSE – Notre-Dame de Paris de Roland Petit n’avait pas été donné par le Ballet de l’Opéra national de Paris depuis plus d’une décennie, une absence qui s’est faite cruellement sentir. Alors que notre Cathédrale bien-aimée a rouvert ses portes il y a tout juste un an, le moment ne pouvait être mieux choisi pour voir Quasimodo faire résonner à nouveau les cloches et Esmeralda nous envoûter par sa danse. Le retour de ce ballet magnifique en cette période de fêtes prend alors tout son sens.

Photographies © Yonathan Kellerman / OnP

Les représentations de la saison 2020-2021 ayant été annulées, c’est à l’été 2014, et avant cela en 2001 que le public avait pu apprécier le premier ballet pour l’Opéra de Paris du chorégraphe Roland Petit. Pour sa création en 1965, le chorégraphe s’était entouré de grands talents de l’époque : Yves Saint Laurent aux costumes, le peintre René Allio aux décors et Maurice Jarre à la musique.

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Autant dire que son retour pour les fêtes de Noël était très attendu. Certes, on lui reproche souvent d’avoir mal vieilli et de porter les stigmates de son temps. Pourtant, force est de constater que Roland Petit parvient en deux petites heures (avec entracte) à restituer l’essence du chef-d’œuvre de Victor Hugo. Grâce à un découpage bien ficelé en treize tableaux : le chorégraphe va à l’essentiel, ne retenant que les moments clés sans aucune longueur.

Quand l’amour sonne le glas

L’adaptation fait le choix d’une scénographie épurée avec des décors dépouillés : Notre-Dame se résume ici à quelques traits essentiels et deux cloches suspendues. Cette sobriété fait ressortir l’éclat des costumes d’Yves Saint-Laurent, explosions chromatiques aux motifs géométriques qui évoquent les vitraux d’une cathédrale. Quasimodo, vêtu comme un homme du peuple dans des tons bruns, ne porte pas de bosse, c’est sa gestuelle chorégraphique seule qui suggère l’infirmité. La participation musicale de Jarre, percutante, s’élève grâce à un orchestre habité, conduit avec précision par Jean-François Verdier et souligne avec une modernité saisissante la profondeur psychologique des personnages.

Des interprètes magnétiques et flamboyants

Amandine Albisson rayonne en Esmeralda, séductrice avec une énergie solaire, virevoltant dans l’insouciance sans pressentir son destin funeste. Tour à tour séductrice face au beau Phoebus, attendrie par Quasimodo et terrorisée par Frollo, elle évoque Carmen avec ses déhanchements provocants et ses mains posées sur les hanches – une gestuelle qui ensorcelle les hommes.

Pre-Generale de Notre Dame de Paris, un ballet de Roland Petit

Pablo Legasa incarne un Frollo glaçant, archidiacre austère vêtu de noir, déchiré entre désirs charnels et tourments spirituels. Hanté par une folie grandissante, il fascine autant qu’il effraie : sa main qui tremble de manière incontrôlable hypnotise. Dans cette main se concentre toute la pulsion sexuelle qui n’en peut plus d’être bridée. La scène où il frappe Esmeralda pour la briser à jamais glace le sang ; ses sauts d’une amplitude vertigineuse traduisent sa lutte contre la démence qui le gagne.

Pre-Generale de Notre Dame de Paris, un ballet de Roland Petit

Antonio Conforti incarne le ridicule du capitaine Phoebus, mâle alpha à la perruque blonde et à la cape bleu ciel, costume géométrique à la Mondrian. Un bellâtre attiré aussi par des prostituées aux poitrines démesurées, échappées d’un film de Fellini. Le duo avec Esmeralda vire au charnel brutal : il lui arrache sa tunique blanche, la voilà en justaucorps couleur chair, quasi nue. Frollo s’insinue alors dans cette étreinte comme un serpent et s’empare d’elle et la secoue comme une poupée désarticulée. Tension insoutenable.

Pre-Generale de Notre Dame de Paris, un ballet de Roland Petit

Enfin, Hugo Marchand émerveille en Quasimodo. Méconnaissable mais toujours magnifique, il campe un homme brisé par les humiliations, notamment la scène où il se fait tabasser par la foule. Ses pas de deux avec Esmeralda bouleversent par leur tendresse.

Pre-Generale de Notre Dame de Paris, un ballet de Roland Petit

Quant au corps de ballet, parfaitement à l’aise, il incarne une foule déchaînée et effrayante : masse grouillante et aveugle, incapable de discerner le bien du mal, qui s’agite dans une liesse morbide face à la tragédie. Les costumes changent de couleur : multicolores, puis rouge sang enfin noir requiem, chevelures de sorcières. Une marche inexorable vers la mort.

Pre-Generale de Notre Dame de Paris, un ballet de Roland Petit

Un ballet stupéfiant et puissant, témoignage flamboyant d’une époque révolue avec ses références à la danse disco et aux claquettes, ce classique à l’esthétique radicale frappe encore aujourd’hui. Son propos reste d’actualité : il dissèque une société où la différence effraie toujours autant.

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