COMPTE-RENDU – La Villa Marguerite, institution culturelle vichyssoise proposant des concerts dans un cadre inédit, clôt son année au rythme entraînant de la comédie musicale façon Broadway. L’occasion pour cinq artistes de souhaiter à tout le monde un Merry Christmas!

Serait-ce la proximité d’un pont qui aurait pu être celui de Brooklyn ? D’espaces verts qui auraient pu être Central Park ? Ou d’une rivière rappelant l’Hudson ? En ce soir de concert de fin d’année, la Villa Marguerite, en plein cœur de Vichy, est en tout cas bien décidée à se mettre à l’heure de Broadway. Le programme concocté par la jeune institution vichyssoise au concept insolite (des concerts… dans un salon !) ne laisse d’ailleurs pas de place au doute : à quelques jours de Noël, c’est la comédie musicale qui est à la fête. En attestent ces mélodies de Cole Porter, Leonard Bernstein, Irving Berlin et autres Harold Arlen (le père du mythique « Over the Rainbow » du Magicien d’Oz) qui sont ici à la carte du soir. Sans oublier des mélodies de Noël signées d’autres Américains que sont Hugh Martin, Jay Livingston ou encore Robert Wells (auteur de la fameuse « Christmas Song » popularisée par Nat King Cole).
Serait-ce aussi parce qu’ils sont avant tout de bons copains ? Pour servir ce copieux menu digne d’une Saint-Sylvestre, cinq artistes, évidemment sur leur 31, sont réunis pour faire swinguer joyeusement ce répertoire si emballant. Un quintette de choc ayant pour socle commun de faire partie de l’équipe pédagogique de l’Académie internationale de Comédie Musicale (Aicom), école francilienne faisant référence pour qui voudrait chanter du West Side Story, du Starmania ou du Hair comme personne. Il y a d’abord la soprano Fleur Mino, qui se trouve ici chez elle, présidant aux artistiques destinées de la Villa Marguerite avec Sylvain, son musicien de conjoint. Il y a aussi Malaika Lacy, une spécialiste du jazz franco-américaine (ce qui aide), le baryton Yoni Amar (récente voix française de la Bête dans la dernière adaptation au cinéma de La Belle et la Bête), et le ténor Lionel Losada, qui chante aussi bien qu’il manie le saxophone de façon virtuose. Quatre voix fort complémentaires accompagnées au piano par Arthur Goux, un instrumentiste appliqué et dévoué qui se régale aussi à faire quelques pitreries (comme, alors qu’il lui est demandé de lancer Jingle Bells, de jouer le jingle… de Questions pour un champion).
Oh Oh OOOooooohhhhh !
Serait-ce aussi, parce qu’ils l’aiment par-dessus-tout, ce répertoire de comédie musicale ? Les cinq artistes, en tout cas, s’en donnent à cœur joie à l’heure de chanter des cloches de Noël qui carillonnent gaiement, une neige qui tombe à n’en plus finir, et un amour qui soudain vient réchauffer tous les foyers. Avec sa voix pétillante aux reflets éthérés, et son sourire traduisant son plaisir évident à faire vivre de telles mélodies, Fleur Mino se montre ici particulièrement à ses aises, dans un chez elle soudain délocalisé sur la Cinquième avenue. Tout aussi souriante, multipliant les mouvements de bras et les clins d’œil à l’endroit d’un public conquis, Malaika Lacy prend aussi une évidente joie à chanter ce festif répertoire.
L’ancienne candidate de The Voice (mais oui !) possède un mezzo chaud comme un feu de cheminée crépitant, et elle sait en faire le meilleur des usages, avec sa voix vibrante et cette malice dans la narration, comme à l’instant d’affirmer que les diamants étaient les meilleurs amis des dames (« Diamonds Are a Girl’s Best Friend »). Isn’t it, Marilyn ?
Yoni Amar, lui aussi un chanteur appliqué autant qu’un comédien affirmé, use de son côté d’une voix de baryton robuste et mélodieuse et d’un sens du comique évident, quand Lionel Losada met en lumière de multiples talents : un chanteur à la voix de ténor sonore mais néanmoins si tendre pour chanter Noël, un saxophoniste à rajeunir Lester Young, et un comique irrésistible dans ses manières de fâcher ses camarades en général (et le pianiste en particulier) lorsqu’ils se montrent un peu trop dissipés.

Serait-ce alors parce qu’il a beaucoup ri ? Et chantonné souvent quelques refrains bien connus ? Le public, en tout cas, se montre fort ravi après une heure passée à écouter des refrains si enivrants, et il ne manque pas de le faire savoir en applaudissant chaleureusement une troupe qui a fait vivre la comédie, mais surtout la musique.
À Lire également : Viardot à Vichy - l’amour plus que la vie

