COMPTE-RENDU – Trevor Pinnock, en oncle attachant, réunit à la Philharmonie nationale de Varsovie des neveux bien aimés qui s’aiment autant qu’ils se disputent : Brahms, Haydn et Schumann. Avec malice, humilité et bonne humeur, le chef britannique impose une direction pacifique d’une sobriété saisissante, où chaque geste compte et où le silence devient un matériau musical à part entière.
Le petit dernier est so in love
Le programme ne semble pas avoir été choisi au hasard : la première œuvre, Variations sur un thème de Haydn, op. 56a, est celle du cadet de la famille : Brahms, et vouée à Clara Schumann, son petit crush. Dès les premières mesures, les violoncelles et contrebasses installent une marche chromatique profonde, soutenue par des cuivres chaleureux et des bois aux couleurs particulièrement soignées. Des débats persistent quant au compositeur de ce thème, il semblerait que ce ne soit pas le grand-frère Joseph, mais plutôt un de ses élèves qui l’écrivit (de la triche selon ses frères !).
La symphonie so british de l’aîné
La transition est donc toute faite avec la deuxième pièce qui n’est autre que la Symphonie n° 92 en sol majeur dite « Oxford » du grand-frère Haydn. Après les émois du petit dernier, voilà l’aîné qui s’essaye à l’anglais (c’est qu’il part bientôt en Erasmus !). Cette symphonie bénéficie d’un effectif plus léger et d’une gestique plus ample, sans jamais devenir démonstrative. Pinnock bat rarement la mesure ; il préfère lancer les entrées, accompagner les pupitres, suggérer plutôt qu’imposer. Le thème initial, léger et fluet, se densifie progressivement, notamment par de subtils passages en mineur. Le chef, cet éternel oncle bienveillant, dirige avec un sourire constant et un regard vif, instaurant un climat de jeu et de complicité. Une tension rythmique délicieuse, parfaitement maîtrisée par l’ensemble !

Les noces de coton du benjamin
Pour finir, la Symphonie n°1 du benjamin Schumann nommée « Le Printemps » et vouée elle aussi à… Clara Schumann, une célébration de son mariage avec celle qu’il convoitait depuis si longtemps, et au grand désespoir de son ami ! Cette pièce éclaire rétrospectivement tout le programme : véritable éclat de joie, l’appel majestueux des cors à l’ouverture donne à l’œuvre un caractère à la fois grandiose et profondément humain. Pinnock, l’oncle patient, prend son temps : il attend le silence absolu avant chaque mouvement, et le public, d’une rare discipline, s’y conforme. Ce respect du silence renforce l’intensité de l’écoute et met en valeur les tourments du deuxième mouvement, avant qu’un troisième mouvement plus aérien ne semble faire littéralement « planer » le chef au-dessus de cette réunion de famille. Le finale, porté par un élan irrésistible, déclenche une explosion d’applaudissements.

Une grande famille !
À l’issue du concert, le geste de l’oncle Pinnock est à l’image de la soirée : simple et nourri. Le chef offre la rose qu’on lui a remise à la première flûtiste – car lui aussi est un romantique ! – tandis que l’orchestre l’applaudit avec autant de chaleur que le public, debout par endroits. Plus qu’un concert, cette soirée avant les fêtes de fin d’année aura été un dîner de famille : un oncle à l’écoute et trois frères à l’esthétique très différente. Le repas peut parfois devenir houleux à cause des affaires de cœur, mais ces trois-là partagent une vraie sensibilité : les chiens ne font pas des chats !
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Demandez le programme !
J. Brahms – Variations sur un thème de Haydn, op. 56a [17′]
J. Haydn – Symphonie en sol majeur ‘Oxford’, Hob.I.92 [28′]
R. Schumann – Symphonie n° 1 en si bémol majeur « Printemps », op. 38 [44′]


