COMPTE-RENDU – Le 1er janvier 2026, pendant que certains cherchent encore l’aspirine et d’autres leurs résolutions, le Strauss Symphony of Montréal propose une alternative élégante : un concert de Nouvel An à 14h30, direction Christoph Campestrini, avec Katarzyna Dondalska, Gergely Boncsér et la participation de champions internationaux de ballroom dancing. Quatorze œuvres annoncées, entracte compris, zéro surtitrage, et une salle Wilfrid-Pelletier déjà bien remplie. On est prêts pour la saison du 30ème anniversaire.
Les musiciens sont déjà en place lorsque le public entre : pas de suspense, pas de montée dramatique, on est directement dans le bain. L’ouverture se fait avec Les Joyeuses Commères de Windsor d’Otto Nicolai, et dès la première pédale tenue, un détail saute aux oreilles : tout est amplifié. Orchestre, chanteurs plus tard, froissements de partitions, déplacements scéniques : rien n’échappe à la sonorisation. Malheureusement, celle-ci a tendance à rogner les médiums et les graves, laissant un son un peu plat, privé de sa rondeur naturelle. Les basses se font discrètes, et l’orchestre perd en profondeur ce qu’il gagne en volume.
Un chef pédagogue (et de bonne humeur)
Sur le plateau, le décor est minimaliste : rideau rouge rétroéclairé, deux pots de fleurs blancs, sobriété assumée. Christoph Campestrini, baguette en main, dirige avec un mélange de rigueur et de bonne humeur communicative. Les appoggiatures sont bien marquées, les changements de métrique maîtrisés, même si la direction manque parfois de finesse dans les transitions plus subtiles. Mais le chef a une autre mission, qu’il assume pleinement : expliquer la musique. Avant chaque œuvre, il prend la parole pour donner des clés historiques aux néophytes, rappelant que ce concert est avant tout une invitation à passer un bon moment. Mission accomplie côté ambiance. L’orchestre suit avec sérieux, engagement et discipline. Campestrini n’hésite pas à remercier ses musiciens, et la complicité est palpable.
Exercice périlleux
La soprano Katarzyna Dondalska entre en scène avec un sens comique indéniable et une présence scénique généreuse. Malheureusement, sa voix souffre particulièrement de l’amplification : le timbre est écrasé, parfois criard, et semble flotter légèrement au-dessus de la note. Les vibratos, produits davantage par la mâchoire que par le souffle, manquent de fluidité, et les passages entre voix de poitrine et voix de tête restent irréguliers. C’est d’autant plus frustrant que la couleur vocale, à l’état naturel, semble prometteuse.
Le ténor Gergely Boncsér rencontre les mêmes problèmes techniques, mais s’en sort globalement mieux. Son timbre et son phrasé évoquent un bel canto solide, même si le chant napolitain Torna a Surriento d’Ernesto De Curtis gagnerait à être approfondi. Certaines attaques manquent de préparation, mais le maintien vocal reste honorable.
Danse, tradition et surtitres imaginaires
Les duos entre soprano et ténor jouent la carte de la tradition opératique : mimiques, échanges théâtraux, et même quelques pas de valse sur scène. Sans surtitrage, on devine le sens plus qu’on ne le comprend, mais l’intention passe. Les danseurs, contraints par l’espace, proposent des chorégraphies simples mais efficaces, avec plusieurs styles et costumes, parfois tous réunis sur scène.
Trois bis pour bien commencer l’année
Le concert se conclut généreusement : Brahms, Auld Lang Syne (Ce n’est qu’un au revoir), et une salle qui se lève avant même la dernière note, spontanément, comme pour conjurer les excès de la veille et accueillir l’année nouvelle en musique.
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Malgré une sonorisation capricieuse et quelques fragilités vocales, ce concert du 1er janvier remplit son contrat : offrir un moment festif, accessible, et résolument joyeux. Une chose est sûre : 2026 commence en valse, amplifiée et avec le sourire.
Photo de Une : Salle Wilfrid-Pelletier CC-BY-SA-4.0 GLTRV

