COMPTE-RENDU – Joséphine Baker fait son retour à Bobino 50 ans après, sous la forme d’une comédie musicale de Jean-Pierre Hadida :
Artiste flamboyante, femme engagée, icône des Années folles, résistante, militante antiraciste, il y a des existences qui semblent écrites pour le théâtre, le cinéma… ou les deux à la fois. Avec Joséphine Baker – Le Musical, Jean-Pierre Hadida signe un spectacle original, à la fois musical, théâtral et chorégraphique, qui relève le défi de condenser ce destin hors norme dans une fresque scénique généreuse, festive et profondément respectueuse de la figure qu’elle célèbre.
Un parcours biographique solidement charpenté
Construit comme une traversée chronologique, le spectacle suit Joséphine de son enfance à Saint-Louis, Missouri, jusqu’à son dernier concert à Bobino, avec un épilogue évoquant son entrée au Panthéon. Les grandes étapes sont là : Paris et La Revue nègre, la Seconde Guerre mondiale et l’engagement dans la Résistance, les combats contre la ségrégation aux côtés de Martin Luther King. Le récit, solidement documenté, bénéficie de l’accompagnement artistique et historique de Brian Bouillon Baker (fils de Joséphine), garant d’un regard à la fois intime et rigoureux. Deux heures durant, le spectacle avance sans jamais perdre son souffle — à l’image de Joséphine Baker elle-même, dont l’énergie semble, encore aujourd’hui, défier toute tentative de ralentissement.
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Une palette musicale éclatante
La partition originale embras(s)e une large palette de styles : gospel, jazz, blues, ragtime, bossa nova, sans oublier des clins d’œil à la musique latino-américaine. La musique traverse les genres avec une liberté assumée — comme si un langage seul aurait été, décidément, insuffisant pour raconter Joséphine Baker. De nombreux échos aux répertoires populaire et savant (de Gershwin à Mendelssohn, de Scott Joplin à Comme d’habitude) ponctuent le spectacle avec intelligence, sans jamais tomber dans la citation gratuite.
La direction musicale de Raphaël Bancou, omniprésent sur scène, assure une remarquable cohérence à cet ensemble foisonnant. Alternant piano, guitare et trompette, il accompagne les chanteurs en direct, tout en intégrant des pistes instrumentales et de beaux moments a cappella. Cette souplesse musicale soutient efficacement le rythme et l’émotion, portée par un ingénieur du son particulièrement attentif à la fluidité du spectacle.
Collectif engagé, Joséphine magnétique
Au centre de la scène, Shaïna Pronzola incarne l’héroïne éblouissante. Chant maîtrisé, voix généreuse, présence scénique magnétique : elle explore toutes les facettes du personnage — détermination, vulnérabilité, sensualité — avec une aisance remarquable, jusque dans un français délicieusement teinté d’accent, clin d’œil discret et charmant à l’artiste qu’elle fait revivre. Ses danses, précises et expressives, restituent avec justesse la singularité corporelle et la liberté de Baker.
Autour d’elle, un ensemble très engagé donne vie aux figures marquantes de son parcours. Les artistes, tous solides chanteurs et danseurs, s’investissent pleinement dans les nombreux tableaux chorégraphiques signés Florie Sourice, dynamiques, lisibles et toujours au service du récit. Les changements de scène sont rapides et élégants, soutenus par une scénographie efficace et par de belles projections dessinées qui suggèrent les lieux et les époques.
Un hommage vivant et généreux
L’interaction avec la salle, la chaleur du jeu et l’enthousiasme communicatif des interprètes créent une véritable complicité avec le public. Accueilli par des applaudissements nourris, ce spectacle s’impose comme un hommage vibrant, accessible et sincère, à la hauteur d’une femme dont la vie, décidément, n’a jamais cessé de faire danser.

