AccueilA la UneFalstaff sauce kebab : Verdi en service continu à Montpellier

Falstaff sauce kebab : Verdi en service continu à Montpellier

COMPTE-RENDU – Verdi déboule à l’Opéra Comédie de Montpellier prêt à trancher dans le vif d’une broche bien chargée pour ouvrir l’année 2026, avec son dernier opéra : Falstaff. À la manœuvre, l’Orchestre national Montpellier Occitanie, dirigé par Michael Schønwandt, prêt à faire tourner les têtes et la viande verdienne, sans la brûler.

Windsor en bois de récup’

La mise en scène de David Hermann transforme Windsor en fable urbaine où la satire sociale se construit à coups de planches en bois recyclé, de cartons réemployés et d’une bonne dose de débrouille scénographique. Le décor de Jo Schramm repose sur une structure tournante censée changer rapidement de visage (parfois avec l’agilité d’un serveur débordé un samedi soir). L’auberge de la Jarretière laisse ainsi place à un quartier populaire, dominé par un immeuble hérissé d’antennes paraboliques, au pied duquel trône le nouveau centre de gravité dramatique : un snack de kebab. Lieu de sociabilité moderne, populaire, il remplace avantageusement la taverne shakespearienne et souligne la marginalité d’un Falstaff relégué en marge, héros bedonnant d’un monde qui ne veut plus vraiment de lui.

La maison des Ford affiche une richesse toute aussi recyclable : une grande boîte en bois, style moderne, montée avec les mêmes planches que le reste du décor, simplement mieux rangées. La distinction sociale tient ici à l’assemblage, pas au matériau : satire limpide d’une bourgeoisie en contreplaqué. Une voiture de luxe en carton et une piscine factice, où la Tamise se résume à de larges rubans blancs, complètent ce catalogue de luxe prêt-à-jeter.

Une distribution bien garnie, sans supplément

Dans ce décor façon Europalette et carton plume, Bruno Taddia sert un Falstaff copieux et savoureux. Sa voix est grave, sonore mais agile, portée par un souffle solide, même lorsqu’il chante allongé sur le ventre (posture rarement recommandée, mais visiblement efficace ici). S’il joue volontiers avec la voix de tête pour accentuer le comique, c’est surtout par son jeu scénique débridé qu’il fait mouche. Falstaff drague, trébuche, s’agite… et finit surtout par séduire le public, déclenchant des rires francs, bien servis, sans supplément. Salade, tomate, oignon ? Pas la peine !

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Sans jamais perdre une certaine élégance, Angélique Boudeville incarne Alice Ford, malicieuse et joueuse de sa voix chaleureuse, veloutée et bien timbrée, aux aigus lumineux. Si elle sait imposer sa présence scénique et son sens du comique, elle paraît parfois un peu trop sage, presque statique dans un service sur place.

Son mari Ford est interprété par Andrew Manea, baryton au timbre rond et lumineux, parfois un peu trop appuyé, comme une sauce piquante servie la main un peu lourde. Son engagement scénique est réel, mais le personnage reste quelque peu raide, peut-être prisonnier d’une mise en scène qui ne lui laisse pas toujours la liberté de se salir les mains.

La Nannetta de Julia Muzychenko apporte une touche de fraîcheur bienvenue. Sa voix claire et délicate trouve son véritable terrain de jeu dans la scène de la Reine des fées, où elle déploie une ligne élégamment nuancée et des aigus piano filés avec finesse : une parenthèse poétique au milieu du vacarme urbain.

Face à elle, Kévin Amiel campe un Fenton juvénile et lumineux, parfaitement assorti à sa partenaire. La voix est ample, portée par un vibrato naturel et des aigus riches, bien canalisés. Son jeu scénique, mêlant naïveté et espièglerie, le rend immédiatement attachant, comme un ingrédient simple mais parfaitement dosé.

Une fosse pétillante, parfois trop épicée

Dans la fosse, Michael Schønwandt dirige avec une précision d’horloger et une virtuosité de musique de chambre vive et réactive. L’Orchestre pétille, crépite, apporte la couleur qui manque parfois au décor en bois brut. Seul bémol : l’enthousiasme déborde parfois de la barquette, et certaines répliques deviennent aussi difficiles à entendre qu’une commande murmurée derrière le comptoir.

Le public montpelliérain, lui, ne boude pas son plaisir. Les applaudissements fusent, les bravos aussi : impossible de les retenir. Comme quoi, même servi dans du carton recyclé, Falstaff reste un plat qui passe crème, ou plutôt sauce blanche !

Falstaff par David Hermann © Marc Ginot – OONM

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