CONCERT – L’Orchestre Philharmonique de Marseille fête la nouvelle année à l’Opéra de la cité phocéenne. À sa tête, Swann Van Rechem prend la phalange et le public bras dessus, bras dessous. Il invite ce beau monde à tournoyer (au figuré !) au rythme des valses de Johann Strauss fils, des danses de de Falla, et d’un classique de Broadway par Frederick Loewe, entre autres réjouissances !
M’accorderez-vous cette danse ?
En bon cavalier galant, Swann Van Rechem veille à guider le public et à lui indiquer les spécificités de chaque morceau. Il donne ainsi au micro quelques anecdotes sur le contexte historique des œuvres proposées. Afin de séduire encore plus l’assistance, il ne manque pas d’instiller quelques traits d’humour, faisant par exemple un parallèle entre l’accent marseillais et celui d’Eliza Doolittle lors de l’ouverture de My Fair Lady qui ouvre le concert. Il aura aussi plaisanté en émettant le souhait que le théâtre ne brûle pas suite à l’exécution de la Fête Polonaise du Roi malgré lui de Chabrier, comme cela avait été le cas une semaine après la création de cet opéra-comique.
Le chef se montre aussi habile à guider le public que l’Orchestre. Il entraîne ce dernier avec une gestuelle précise et ample. Il annonce les attaques avec clarté, souplesse et une certaine rigueur dans la battue.
Des valses mondaines à l’ironie de Stravinsky
En bon maître de maison, l’Orchestre Philharmonique de Marseille veille à proposer à ses convives différents temps et différentes atmosphères. Les motifs vivifiants de ses violons émergent des deux valses de Strauss, Künstlerleben (Vie d’artiste) et Rosen aus dem Süden (Roses du Sud). L’articulation des pupitres leur confère une chaleureuse rondeur tout en les faisant évoluer avec fluidité au gré de leur rythme élégamment appuyé. L’orchestre propose aussi à ses invités des instants plus mélancoliques, avec Dvořák, s’égrenant telle une pensée nostalgique lors d’une conversation au coin du feu. La progressivité des évolutions nuancées du motif principal la fait s’installer dans l’esprit de l’auditeur. L’Orchestre amène ensuite son public pour une promenade sous les rythmes ensoleillés de Manuel de Falla. Le Philharmonique met aussi en avant ses talents, invitant son bassoniste Carlos Martin Esteve sur le devant de la scène pour exécuter l’Andante e Rondo Ungarese (Andante et rondo hongrois) de Carl Maria von Weber. Les équilibres entre le soliste et l’orchestre y sont bien maîtrisés de même que la coordination entre ces deux entités qui sert l’unité de l’ensemble. La Suite n°2 pour petit orchestre de Stravinsky se glisse comme une pointe d’autodérision musicale au cœur du concert, avec sa marche, sa polka, sa valse et son galop pouvant s’apparenter à une parodie de concert du Nouvel An. Fidèles à cet esprit, les musiciens ne manquent pas d’appuyer les rythmes avec lourdeur, soulignant le poids de la marche, ou encore d’écorcher délicieusement sa longue ligne de flûte solo dans la valse.
Le public ressort étourdi et émerveillé par ce bal interrompu. Après nous avoir souhaité la bonne année, sous une première salve d’applaudissements enthousiastes, Swann Van Rechem rassemble son public et ses musiciens pour interpréter gaiment la traditionnelle Marche de Radetzky (sans pour autant descendre dans la salle, comme un certain Yannick Nézet-Séguin à Vienne), une dernière danse avec notre jeune cavalier pour inaugurer l’année !
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Photo de Une : Swann Van Rechem © Yves Petit

