OPÉRA – Pour finir l’année en beauté et attaquer 2026 rasé de près, l’Opéra de Marseille accueille Le Barbier de Séville de Gioachino Rossini. Sous le soleil andalou imaginé par Pierre-Emmanuel Rousseau, la comédie se déploie portée par une distribution de haut vol : Vito Priante, Éléonore Pancrazi et Santiago Ballerini.
Quelques clins d’œil (mais pas trop près de la lame)
Tout sauf barbante, la mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau joue avec l’univers de cette œuvre. Dès l’ouverture, une procession de Nazarenos (fraternité de pénitents) aux capirotes (capuches pointues) rouges traverse le plateau, convoquant la solennité de la Semaine sainte sévillane… juste avant deux heures de mensonges, de déguisements et de volets qui claquent. Le décor, inspiré des patios andalous, s’organise autour d’un oculus dominant un bassin central, véritable piège à complots : on y glisse, on s’y mouille, on y perd pied plus vite que ses certitudes. Malgré les azulejos (carreaux de faïence décorés) et la cancela (la barrière), Bartolo échoue à tout contrôler.

Voix affûtées, rasoir bien en main
Éléonore Pancrazi signe une Rosina ardente, à la voix chaude, à la colorature souple et à l’aisance scénique redoutable. Elle chante allongée sur le côté, sur le dos, ou même en se faisant coiffer par une Berta un peu brusque, déclenchant un aigu littéralement tiré par les cheveux. Fragile en apparence, stratège et comique en réalité.

Santiago Ballerini campe Almaviva, alias Lindoro ou Don Alonso (chut !). Il fait montre d’une voix lumineuse, agile et expressive, même si les passages de colorature s’accompagnent d’un engagement corporel un peu trop marqué. Regret notable : la coupure de Cessa di più resistere, air redoutable que Rossini recyclera plus tard dans La Cenerentola. Séville devra résister cette fois-ci !

Le Figaro de Vito Priante fait l’unanimité. Voix puissante, projection facile, charisme immédiat : son Largo al factotum déborde d’énergie et déclenche des applaudissements spontanés. Figaro est partout, exactement comme un opéra écrit à la vitesse de l’éclair l’exige.
Marc Barrard interprète un Don Balordo, Bertoldo, Barbaro… Don Bartolo (je vais y arriver) à la voix grave et sonore, et au sillabato clair et vif, parfois légèrement en décalage avec l’orchestre, mais toujours attachant. On en viendrait presque à le plaindre. Presque.
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Les seconds rôles brillent sans réserve : Andreea Soare campe une Berta omniprésente et très efficace, à la voix lumineuse et puissante, tandis qu’Alessio Cacciamani impressionne en Don Basilio, à la voix caverneuse et à la Calunnia savoureusement mise en scène, entre fumée, volets animés et bassin complice.
Mistral et aftershave final
À la tête de l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, Alessandro Cadario dirige avec précision et sens du théâtre. Malgré une ouverture un peu étouffée et un finale du premier acte qui souffre de quelques décalages, l’orchestre trouve rapidement son équilibre, alliant finesse rythmique et esprit de comédie. La tempête du deuxième acte est particulièrement réussie. Le mistral souffle fort ces jours-ci en Provence : Rossini aurait apprécié.
Lors de cette dernière, le public applaudit longuement les artistes, avec une ferveur particulière pour Rosina. Plus de deux siècles après une création chaotique, Le Barbier de Séville confirme son statut d’œuvre née dans l’urgence mais loin d’être rasoir !


