COMÉDIE MUSICALE – Broadway Rhapsody a débarqué sur la scène de l’Opéra de Massy ! Imaginé par Jean-Michel Fournereau, subtilement arrangé par Michaël Ertzscheid et Frank Sibold, ce spectacle original rend hommage à deux géants de la comédie musicale, George Gershwin et Kurt Weill. Mais attention, ici, Broadway ne se prend pas (trop) au sérieux.
Un rêve américain aux accents frenchy
La tête d’affiche (et quelle affiche !) est Cyrille Dubois, ténor aussi brillant vocalement que scéniquement, qui enchaîne les tubes mythiques comme Summertime ou Rhapsody in Blue avec une aisance déconcertante. Il campe un chanteur français fraîchement débarqué aux États-Unis, décidé à marcher dans les pas de son grand-père et à conquérir Broadway. Il ne manquerait plus qu’une vue sur la statue de la Liberté à l’arrivée du bateau…
Le décor (de Dimitri Méruz) ? Un petit théâtre new-yorkais en plein chantier, sens dessus-dessous. Le public assiste aux répétitions d’un spectacle censé être grandiose… mais évidemment, rien ne se passe comme prévu. Et c’est précisément là que le rire s’invite à la fête.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Cyrille Dubois semble seul sur scène, entouré d’un joyeux bazar fait d’objets hétéroclites et de grandes caisses en bois. Mais surprise ! Des musiciens surgissent un à un de ce capharnaüm improbable : un bassoniste caché dans une caisse qui semble trop étroite pour lui, un pianiste dissimulé derrière un rideau de vêtements… Une entrée en matière aussi inattendue qu’efficace où chaque recoin révèle un nouvel instrumentiste, et le rêve devient réalité !

Un orchestre miniature et cosmopolite
À première vue, six musiciens pour jouer Gershwin et Weill, l’idée peut d’abord surprendre. Et pourtant… ça fonctionne à merveille ! Piano, clarinette, hautbois, basson, cor et flûte suffisent à créer une richesse sonore étonnante, grâce à des arrangements malins et à la virtuosité indéniable des instrumentistes de l’Ensemble ArteCombo.
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Mais ces musiciens ne se contentent pas de jouer de la musique : ils jouent aussi la comédie. Sans vraiment parler, ils incarnent des personnages savoureux et immédiatement reconnaissables. On trouve par exemple un corniste russe un peu bourru (Cyril Normand), un pianiste allemand psychorigide (Michaël Ertzscheid) ou encore une flûtiste japonaise (Mayu Sato-Brémaud) que personne ne comprend.
La mise en scène, simple mais inventive, regorge d’idées comiques, notamment lorsque la flûtiste japonaise tente désespérément de se faire comprendre. Au bout d’un certain temps, les surtitres apparaissent enfin… en japonais. Évidemment.

Les projections vidéo sont également utilisées avec intelligence, notamment pour faire apparaître le grand-père défunt du héros, lui aussi interprété par Cyrille Dubois (lequel n’aurait sans doute pas démérité dans The Artist). Ancienne star du cinéma muet, il tente d’abord de communiquer à l’aide de pancartes, avant de passer — miracle ! — à la parole, puis à la couleur. Une évolution technologique express, et surtout très amusante.

Du rire aux larmes
Si Broadway Rhapsody fait beaucoup rire, le spectacle sait aussi ralentir le tempo. Certains passages plus calmes, parfois émouvants, permettent d’apprécier pleinement la finesse du jeu musical et d’éviter l’effet « gag sur gag ». L’équilibre entre humour et émotion est remarquablement bien trouvé.
Après une avalanche de rires et de chaleureux applaudissements, les artistes quittent la scène sous les ovations d’un public conquis. Broadway Rhapsody réussit son pari : faire swinguer Gershwin et Weill, tout en chatouillant les zygomatiques. Un spectacle qui prouve que sur Broadway — même en version miniature — on peut chanter très sérieusement sans jamais se prendre au sérieux.


