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Philharmonie de Paris : Un buffet étincelant

CONCERT – La Philharmonie de Paris accueille l’Orchestre Pasdeloup dirigé par la cheffe Sora Elisabeth Lee pour un programme intitulé Étincelant. On y trouve surtout à boire et à manger !

Le pas de côté vers l’entrée

Dès l’ouverture, les Diversions de Britten donnent le ton. Écrite pour la main gauche, la partition s’inscrit dans la filiation du concerto de Ravel destiné à Paul Wittgenstein, tout en affirmant sa propre logique de fragmentation et de relance. Sous la direction de Sora Elisabeth Lee, l’orchestre déploie une matière dense, structurée par les cors, les cuivres et une percussion très présente. Le piano de Maxime Zecchini, au toucher aérien, s’insère dans cette masse sonore avec élégance. Alternant poussées rythmiques et zones plus éthérées, la musique progresse par strates, évoquant un imaginaire cinématographique immédiatement lisible. La cheffe maintient le cap, sans se laisser perturber par l’enthousiasme précoce du public, qui acclame le premier mouvement avec ferveur. De quoi ouvrir l’appétit !

Un menu très cohérent

La pièce This Moment d’Anna Clyne, chargée dramatiquement, est dans la continuité de l’ambiance introduite par l’œuvre de Britten. La musique s’installe dans un tempo lent, citant par instants le Requiem de Mozart. À d’autres endroits, on croirait entendre l’Adagio pour cordes de Samuel Barber, tout autant de références musicales qui titillent la curiosité des mélomanes présents dans la salle. Une valse lugubre se dessine, creusant progressivement ses profondeurs sonores. Là encore, la lisibilité prime : la tension se construit sans heurt, par accumulation, inscrivant l’émotion dans la durée plutôt que dans l’effet. Nous parcourons ce menu avec délectation.

Sora Elisabeth Lee et Maxime Zecchini © Orchestre Pasdeloup
Un plat qui met tout le monde d’accord

Avec L’Arlésienne de Bizet, la soirée assume pleinement sa dimension rassembleuse. Extraits courts, efficacité immédiate, pulsation reconnaissable : l’effet est instantané. Impossible de ne pas dodeliner de la tête face à cette musique dont la force tient précisément à sa capacité de créer un terrain commun d’écoute. Ici, le plat de résistance n’est pas esthétique, mais stratégique : offrir un mets faisant l’unanimité avant de poursuivre le repas.

Un détour par le fromage

Les Variations rococo de Tchaïkovski, transcrites pour bugle, constituent l’un des moments les plus marquants de la soirée. Juste avant le début, une sonnerie de téléphone retentit, déclenchant un sourire patient de la cheffe, qui attend que le silence se réinstalle (c’est impoli à table !). Sergei Nakariakov impose ensuite une présence à la fois intime et souveraine. Sonorité ronde, vibrante, précision du doigté, douceur presque voluptueuse : le bugle, instrument inattendu dans ce répertoire, révèle une mélancolie contenue. Comme pour les fromages, on alterne ici entre le doux et le relevé. L’Orchestre Pasdeloup, fidèle à son nom, avance à pas feutrés avant de bondir avec franchise lorsque la partition l’exige. Bien qu’avant-dernière au menu, cette pièce s’impose comme un sommet de délicatesse et de musicalité.

Vous prendrez bien un dessert ?

Le Boléro de Ravel vient clore la soirée en élargissant encore le champ de l’expérience gustativo-muiscale. Sur un tapis rouge disposé devant la cheffe, deux danseurs de la Compagnie IFunamboli (Antonin Muno et Manon Palais) entrent en scène. L’espace est restreint, les corps souvent au sol au début, les figures étirées, la relation oscillant entre défiance et attraction. Au centre du dispositif, la caisse claire — placée face à la cheffe — devient le socle de l’édifice sonore. Longtemps, Sora Elisabeth Lee ne bat pas la mesure : tout repose sur l’ostinato du percussionniste. Puis, sans que l’on s’en rende compte, l’orchestre entier s’embrase, porté par le même flux. La chorégraphie signée Fabio Crestale gagne en intensité, jusqu’à une fin chaotique, où la violence affleure et trouble la lisibilité du lien d’amour et de haine entre les danseurs. On en reprendrait volontiers une part !

Une satiété partagée

Le public sort repu. Aux saluts, des pancartes « Team Loïc » surgissent dans la salle, visiblement un fanclub du tubiste de l’orchestre compte bon nombre de supporters. Pensée comme un buffet éclectique, cette production de l’Orchestre Pasdeloup s’est donnée pour horizon la circulation : circulation des œuvres, des timbres, des époques, des publics… et des plats. Une ambition lisible dès l’entrée en salle, où se côtoient toutes les générations, et qui irrigue un programme volontiers fédérateur, faisant du détour un moteur d’adhésion plus qu’un outil de rupture. Un dîner parfait donc !

Orchestre Pasdeloup © Orchestre Pasdeloup
Demandez le programme !
  • B. Britten – Diversions sur un thème Concerto pour piano (main gauche)
  • G. Bizet – L’Arlésienne suite (extraits)
  • A. Clyne – This moment
  • P. I. Tchaïkovski – Variations sur un thème rococo transcription pour bugle
  • M. Ravel – Bolero
À Lire également : Toutes orgues déployées à la Philharmonie

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