COMÉDIE MUSICALE – Après le succès du livre et du film, Le Comte de Monte Cristo se réinvente en spectacle musical au Dôme de Paris jusqu’au 5 février, avant de partir en tournée. Une adaptation musicale globalement réussie, portée par une scénographie dopée à l’IA et par l’alchimie vocale du couple Gjon’s Tears et Philippine Lavrey dans les rôles principaux.
Il faut bien l’avouer : ça partait mal ! Trente minutes de retard, un quart d’heure à grelotter dans le froid, quelques cafouillages techniques avec les éclairages… et pourtant, contre toute attente, cette comédie musicale finit par convaincre.
Un happy end comme on les aime
Condenser Le Comte de Monte-Cristo, le chef-d’œuvre monumental d’Alexandre Dumas en deux heures trente était un pari audacieux. Les frères Nakache et Bruno Amic ont donc dû faire des choix : sacrifier certaines intrigues secondaires, moins développer certains personnages et modifier la fin. D’où ce changement de titre, plutôt révélateur « La légende » plutôt que « Le Comte ». Une manière d’assumer une liberté narrative, comme l’avait déjà fait le film.
Mais bon, rassurez-vous, le cœur du récit demeure intact : la trahison, l’emprisonnement injuste au château d’If, la soif de vengeance et sa quête obsessionnelle de Mercédès, son grand amour perdu. Attention spoiler : la fin diffère de celle du roman. Là où Dumas envoyait Mercédès finir sa vie dans un couvent et Edmond refaire la sienne avec Haydée, sa jeune protégée, la version musicale choisit une fin plus heureuse : Mercédès et Edmond se retrouvent. C’est un Monte-Cristo plus conciliant, plus romantique, sans doute davantage en phase avec la vision de notre époque.
Monte-Cristo 2.0
Adieu les décors monumentaux en carton-pâte : ici, ce sont des jeux de lumière qui sculptent et habillent l’espace. À l’ère de l’IA et de l’immersion visuelle, la mise en scène de Serge Postigo et la scénographie signée Emmanuelle Roy se veut épurée et efficace, un peu à la manière de TeamLab ou de l’Atelier des Lumières.
Quelques meubles et accessoires suffisent à suggérer les geôles du château d’If ou les salons parisiens feutrés. Les projections lumineuses animent l’intrigue sans jamais l’étouffer et permettent des enchaînements rapides entre les scènes, sans temps mort. Une fluidité bienvenue, qui laisse toute sa place à la chorégraphie signée Nicolas Huchard, qui a travaillé pour Madonna et Lady Gaga.
Parmi les tableaux les plus réussis, celui de l’évasion offre une séquence presque hypnotique : Edmond tombe dans la mer, pris dans un ballet de vagues représentées par les corps de danseurs recouverts de voiles blancs. Le héros semble littéralement avalé par l’océan.
Et pour relier les différents tableaux, au cas où l’on serait un peu paumé, Francis Huster intervient en narrateur invisible, prêtant sa voix aux traits animés par l’IA d’un portrait d’Alexandre Dumas. Un fil conducteur inventif qui nous guide dans l’histoire.
Un trésor de tubes
Ce qui fait vraiment le charme de cette production, ce sont d’abord les chansons. Variété française, flamenco et sonorités électro se mêlent dans une partition éclectique de tubes, enchaînant les refrains accrocheurs – « Les rues de Paris », « Où est mon amour », « L’éclat de nous ».
Mais la véritable révélation du spectacle se nomme Philippine Lavrey (saison 5 de l’émission The Voice). En Mercédès, elle impressionne par sa voix cristalline, ample et habitée et par une présence scénique remarquable. Elle impose une héroïne d’abord naïve et fragile qui devient progressivement une femme forte et déterminée.
Face à elle, le chanteur suisse Gjon’s Tears (lui aussi révélé dans The Voice, et troisième de l’Eurovision en 2021) campe un Edmond Dantès humain et courageux. Presque juvénile dans sa fougue, il déploie une voix opulente, capable de s’envoler dans les aigus. Après quelques hésitations initiales, il trouve rapidement son rythme et laisse éclater toute l’étendue de son registre.
Autour de ce duo magnétique gravitent une vingtaine de comédiens-chanteurs-danseurs solides. Le jeune Raphaël Girard se montre particulièrement touchant dans la peau d’Albert, fils en quête d’identité et de figure paternelle. Jonathan Caron, en Baron Danglars, est quant à lui hilarant, apportant des moments comiques bienvenus autour des thèmes de l’argent et de la cupidité.
Bref, on ne voit pas le temps passer. Et le final, pensé comme un grand moment de communion populaire, invite la salle à taper des mains et reprendre en chœur les « oh, oh, oh ». Une standing ovation amplement méritée !
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