AccueilA la UneMadones et perceuse : le Duo Étrange entre Florence et chantier

Madones et perceuse : le Duo Étrange entre Florence et chantier

COMPTE-RENDU – Le 24 février 2026 à 19h30, la Salle Bourgie à Montréal accueillait le Duo Étrange, formé par Vanessa Croome (soprano) et Sahara von Hattenberger (violoncelle), pour un programme consacré aux compositeurs contemporains. Elles sont rejointes par Joanne Kang au piano puis Airat Ichmouratov à la clarinette et au duduk.

Dès l’entrée en scène, l’esthétique est claire : von Hattenberger s’installe, puis Croome apparaît pieds nus, toutes deux vêtues de blanc. Blonde aux longs cheveux face à brune aux cheveux courts, opposition, complémentarité assumée. On se croirait dans un tableau de la Renaissance.

Vocalement, Croome débute avec des aigus lumineux mais encore fébriles. Les percées impressionnent, mais la stabilité et l’articulation se diluent parfois dans la tension du registre supérieur ; les médiums restent plus transparents. Après l’entracte, la projection s’élargit nettement : la voix gagne en assurance, en tenue, et occupe pleinement l’acoustique généreuse de Bourgie. Le contrôle se précise, la ligne s’affirme.

Von Hattenberger, elle, respire littéralement avec la voix. Le violoncelle suit chaque inflexion, dans un dialogue organique presque télépathique. Les deux artistes adoptent des postures évoquant les affects de la Renaissance : torsions, suspensions, douleur stylisée. Von Hattenberger chante ponctuellement, voix légère et soufflée, créant un halo délicat autour de la soprano.

Au piano, Joanne Kang apporte une stabilité structurante, notamment dans Quatrains of Love de Luna Pearl Woolf : jeu précis, trilles réguliers, mécanique sûre, sobriété élégante.

Petit interlude imprévu : les feuillets A4 distribués comportent des lignes manquantes. Froissements, manipulations, agrafe suspecte : un contrepoint percussif involontaire que même la musique contemporaine n’avait pas anticipé.

Airat Ichmouratov élargit ensuite la palette sonore. Duduk méditatif, presque tellurique ; clarinette brillante et incisive. Gammes vertigineuses, doigtés de fourche assumés, souffle maîtrisé : virtuosité convaincante.

Le moment le plus marquant reste l’œuvre de Nicole Lizée : moniteurs intra-auriculaires, backtrack, chaîne dans un seau métallique, perceuse, dé à coudre, traitements électroniques en direct. Les lumières virent du bleu au rose. La Renaissance cède la place à l’atelier sonore. Quelques rires d’incompréhension surgissent, puis l’adhésion s’impose.

Standing ovation immédiate, bis chaleureux, et retour rapide vers le métro.
À Montréal, on peut applaudir une perceuse… tant qu’elle est bien accordée.

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