LIVRE – Jean-Philippe Thiellay publie En finir avec les idées fausses sur l’opéra (Éditions de l’Atelier, 2025). Un essai vif et documenté qui passe en revue les clichés les plus tenaces sur l’art lyrique : « trop long », « trop cher », « trop élitiste », voire « pour les gays », pour mieux en révéler la part de vérité et les moyens d’en sortir. À lire d’urgence, que l’on soit passionné, curieux ou simplement prêt à bousculer ses certitudes.
L’opéra a besoin de bouger
C’est une lecture qu’on commence avec un sourire, et qu’on termine un peu plus lucide. Jean-Philippe Thiellay, président du Centre national de la musique, signe ici un petit livre clair et utile : un état des lieux de l’opéra en France, entre mythes et réalités. Son postulat de départ est simple : les clichés sur l’opéra n’ont pas surgi de nulle part. Oui, certaines idées reçues ont leur part de vérité : l’opéra est parfois long, souvent cher, encore trop peu accessible. Mais au lieu d’en rire ou de s’en offusquer, Thiellay s’y attarde, les décortique, et surtout, propose des pistes pour les dépasser.
Un diagnostic sans jargon, mais avec méthode
L’auteur déroule une vingtaine de « fausses idées » devenues familières :
« L’opéra, c’est pour les riches »
« On n’y comprend rien »
« C’est un art du passé »
« Les chanteurs hurlent »
Chaque chapitre commence souvent par un « oui, c’est un peu vrai » désarmant d’honnêteté, avant d’ouvrir sur une analyse précise, nourrie de chiffres, d’exemples et de réflexions issues du terrain. C’est là toute la réussite du livre : il ne cherche pas à défendre l’opéra par principe, mais à comprendre pourquoi il peine encore à se réinventer.
Thiellay dresse un panorama complet : l’économie des maisons d’opéra, la question du répertoire, les publics, la médiation culturelle, la formation des chanteurs, ou encore les rapports entre metteurs en scène et institutions. L’ensemble est condensé, très sourcé, mais jamais sec : une vulgarisation intelligente, écrite dans un style fluide et direct.
Entre constat et proposition
Ce qui rend le livre passionnant, c’est qu’il ne s’arrête pas au diagnostic. Thiellay recense les pratiques positives qui fleurissent un peu partout : formes courtes, projets participatifs, nouveaux lieux de représentation, collaborations avec d’autres arts, politiques tarifaires plus inclusives… L’auteur ne se place ni du côté du conservatisme ni de celui de la provocation : il plaide pour un art en mouvement, capable de se repenser sans se renier.
Ce qu’on en retient
On a refermé ce livre en se disant qu’il devrait être glissé dans toutes les loges, tous les foyers et toutes les salles de classe. Car il ne s’adresse pas seulement à ceux qui connaissent déjà l’opéra : il parle aussi à ceux qui n’osent pas en pousser la porte. On en ressort mieux armé pour comprendre ce monde complexe : la voix, les orchestres, la machinerie, les contraintes économiques, la place du public, la création contemporaine… C’est un livre qui rassemble au lieu d’opposer, qui éclaire au lieu de juger.
À lire également : Fantaisie lyrique – Dorothée de Monfreid sous le charme
« en 2025, au moins autant qu’à la fin des années 1960, l’opéra est à la croisée des chemins. S’il n’évolue pas, il risque de s’étioler avant de disparaître ».
Pourquoi on aime
- Parce qu’il reconnaît les clichés sans les balayer d’un revers de main.
- Parce qu’il est à la fois accessible, précis et ambitieux.
- Parce qu’il nous rappelle que l’opéra ne mourra pas d’être critiqué, mais d’être figé.
C’est pour qui ?
- Pour ceux qui pensent encore que l’opéra n’est « pas pour eux ».
- Pour les professionnels du secteur, qui y verront une matière à réflexion
- Pour tous les curieux qui aiment comprendre comment un art ancien peut encore nous parler au présent.

