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À la Philharmonie, un Rigoletto jusqu’à l’os

COMPTE-RENDU — Après une première expérience en 2022 au Festival Berlioz de la Côte-Saint-André, Le Cercle de l’Harmonie revient au Rigoletto de Verdi dans une version de concert et sur instruments d’époque, avec une distribution certes moins prestigieuse, mais qui laisse sa chance à de jeunes interprètes. Une version pas si décharnée, donc ?

C’est un Rigoletto sans accessoires et sans artifices que propose Jérémie Rhorer à la Philharmonie de Paris, en version de concert et sur instruments anciens : la promesse d’un retour à l’essence de l’œuvre. Ça tombe bien, on adore l’os à moelle !

Jérémie Rhorer et le Cercle de l’Harmonie à la Philharmonie de Paris © Caroline Doutre
Côté théâtre, pas grand chose à ronger

Drôle d’idée que de proposer une version de concert de Rigoletto, opéra théâtral s’il en est : enlevez-lui sa bosse, son masque et ses armes, sortez-le des ruelles obscures pour le mettre en pleine lumière. Il restera certes la musique, mais il vous manquera un peu de cohérence dramatique. Car dans le théâtre de Verdi, l’accessoire n’est pas le superflu. Quelques objets ou éléments de costume n’auraient pas été de trop pour des chanteurs impliqués dramatiquement, mais devant se partager un espace restreint sur le plateau avec le chœur et l’orchestre. L’acoustique en souffre un peu aussi, en condensant le son des instruments et des voix, parfois couvertes. Un dispositif un peu étriqué donc (pour ne pas dire désossé), pour un drame de la démesure.

Un peu plus de corps chez les jeunes interprètes

Jérémie Rhorer, dans son choix de chanteurs, ne se soucie pas du nombre des années : il propose une distribution étonnamment jeune, avec en premier lieu le Rigoletto de Leonardo Lee. On voit rarement ce rôle de père confié à un baryton de cet âge, mais il l’aborde en pleine possession de ses moyens : engagé dramatiquement dans l’émotion comme dans le cynisme du bouffon, il lui manquait seulement un peu de ce lyrisme appuyé des grands interprètes du rôle. À peine plus jeune que son « père », Mei Gui Zhang est une Gilda tout en retenue et en intériorité. La voix manque parfois de rondeur et d’un son plus nourri, mais elle n’en fait pas moins entendre de la délicatesse dans l’interprétation, quitte à mettre l’intonation en péril (sans toutefois se briser des os, on vous rassure).

Parmi des rôles secondaires bien tenus, Victoria Karkacheva tire son épingle du jeu en Maddalena, formant un duo impeccable avec le Sparafucile retors d’Alexander Tsymbalyuk, tandis que le chœur Orfeon Donostiarra ponctue avec assurance les scènes de la cour de Mantoue. Bref, de véritables os… – as ! Pardon.

La substantifique moelle de Verdi

Le moins que l’on puisse dire est que Jérémie Rhorer ne s’encombre pas de fioritures vocales ni de charcuteries : le minimum d’aigus pour le Duc, et un « Caro nome » (« Cher nom ») privé de ses suraigus suspendus. Le drame donc, encore et toujours, quitte à sacrifier les moments très lyriques de l’œuvre, qu’il aborde avec des tempi allants. Indépendamment de quelques couacs des cuivres dans les premières pages et d’une intonation du hautbois incertaine au début de l’acte III, les instruments anciens donnent une couleur plus feutrée à l’ensemble, moins rutilante chez les vents, et le violoncelle solo n’a pas le son vibrant et romantique qu’on lui connaît.

Le chef le compense dans l’ouverture par une direction très acérée puis, dans la scène de l’orage, par des percussions très dramatisées, pleines de calcium. Cette lecture au plus près de la partition, la plus dense et concise possible, offre des pages tragiques efficaces. Mais là encore, l’accessoire n’est pas le superflu : les tempi qui s’étirent, les ornements vocaux, le lyrisme pur ont aussi leurs qualités dramatiques, lorsqu’ils sont utilisés à bon escient.

Une interprétation « à l’os » annonçait le programme, qui manque peut-être un peu trop de chair, ce qui n’a pas empêché le public de la Philharmonie d’être conquis et enthousiaste.

À Lire également sur Ôlyrix  : Le Festival Berlioz présente Rigoletto sur instruments d’époque

Photo de Une : © Caroline Doutre

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