COMPTE-RENDU — Pour son traditionnel concert de début de printemps, l’Orchestre d’Harmonie de Vichy accueille une star de la trompette : Lucienne Renaudin Vary. Une virtuose qui joue la main sur le cœur… et les pieds nus, au grand étonnement du public de l’Opéra thermal.
Est-ce parce qu’elle est une artiste à fleur de peau ? Qu’elle veut littéralement fusionner avec la scène ? C’est bien sans aucune paire de chaussures, en tout cas, et donc les orteils à l’air, que Lucienne Renaudin Vary se présente sur la scène de l’Opéra de Vichy en ce jour de grand concert de l’Orchestre d’Harmonie local, une formation semi-professionnelle composée d’élèves et de professeurs du conservatoire vichyssois. Bref, un véritable pied de nez à la vieille école !
Les pieds dans le plat
Et à l’école des lauréates des Victoires de la Musique Classique (c’était en 2016), Lucienne Renaudin Vary est assurément une artiste qui a la talent chevillé au corps. La jeune trompettiste vient ici se frotter au coriace Concerto pour trompette en mi bémol majeur de Hummel, dans un concert où l’orchestre interprète aussi des arrangements de l’ouverture de La Force du Destin de Verdi, des Danses Polovtsiennes de Borodine, ou du méconnu Prélude symphonique de Puccini.
Et alors, comment s’en sort-elle, l’artiste aux pieds nus ? Haut la main, pardi ! Et l’audience ne peut être que bluffée par tant de facilité et de musicalité. D’un allegro tout en enjouement à un final tel un festival de doubles croches, en passant par un andante des plus chantants, rien ne manque pour la parfaite exécution d’une œuvre ici abordée avec une aisance déconcertante. Il y a cette technique aboutie, bien sûr, ces attaques soyeuses, ce vibrato savamment dosé, et ces trilles généreux : tout est limpide et retombe parfaitement sur ses pieds.

Un orchestre sur pied
Mais l’Orchestre d’Harmonie de Vichy, dirigé par Joël Jorda, connaît aussi ses classiques sur le bout des doigts (et des orteils ?). Alors, de Puccini à Borodine, sans omettre Verdi et Enesco (dont est jouée ici la Rhapsodie roumaine n°2), la formation à vents donne dans la parfaite maîtrise des couleurs, des nuances, avec ses pupitres en symbiose dont les solistes trouvent tous à briller à l’occasion.
Et même s’il n’y a pas de chœur, les fameuses Danses Polovtsiennes, par la puissance des cuivres, l’énergie bouillonnante des bois et la fougue des percussions, trouvent ici toute la résonance attendue. À la fin, il ne reste donc plus au public qu’à faire des pieds… et des mains pour saluer une trompettiste solaire et un orchestre ayant encore fait honneur à sa réputation.

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