CONCERT – Renaud Capuçon et Gautier Capuçon partagent l’affiche d’un concert réunissant Double Concerto et Première Sérénade de Brahms au Festival de Pâques d’Aix-en-Provence, entre délicatesse chambriste et efflorescence symphonique.
Un duo fondu de Brahms
Les frères Capuçon, Renaud le violoniste qui dirige également l’Orchestre de chambre de Lausanne, et Gautier au violoncelle, installent un dialogue singulier, à la fois de soliste à soliste, et de leur duo avec l’orchestre.
Les deux hommes ne se tiennent pas vraiment à l’avant-scène ; ils sont immergés, volontairement, dans les cordes avoisinantes, pour mieux restituer le symphonisme essentiel des concertos de Brahms.
Le violoniste et le violoncelliste ne sont plus des solistes mais chacun le premier violon ou violoncelle d’un pupitre augmenté. La scène est dès lors un grand globe sonore, plein et coloré comme un œuf peint pour Pâques, rehaussé, amplifié par la sonorité des instruments modernes. Quelques regards leur suffisent pour attaquer ensemble ou caler réciproquement leurs parties, avec une synchronie des coups d’archets soignée. Peut-être est-ce ainsi qu’ils s’accordaient pour chercher du regard les trésors cachés à Pâques.
Gautier Capuçon s’appuie sur les granulosités réverbérantes de ses graves comme sur celles des coquilles pour les orner de ses pianissimi subreptices.

Renaud Capuçon peint des vagues horizontales, dirigeant avec des balancements constants, des gestes ronds faisant avancer la musique par élans. Le bras droit libéré, le violon tenu par le bras gauche, il ne fait qu’impulser, l’avancée glissée du grand paquebot brahmsien sur les profondeurs. Il se montre attentif aux jeux réciproques des alliages de timbres et des contours de textures, à faire se répondre jeux liquides et jeux granuleux. Cette conception fusionnelle permet d’entrer dans l’épaisseur du son, là où la battue disparaît.
Il privilégie ainsi la couleur sur le dessin. L’orchestre, tel un grand instrument polymorphe, est à la fête : les vents rutilent par incises, le basson se fait habile médiateur, le quatuor patine ses traits virtuoses, les timbales vibrent de leur beau velours noir.

Ce concert dessine ainsi un Brahms en fusion, fusion des solistes dans l’orchestre, fusion de l’orchestre en un instrument unique. Peut-être pour souligner avec plus de clarté les points de friction de ses œuvres et en rendre plus audible la forme.
C’est au tour du public de fondre pour les frères Capuçon.
Le bis, la Passacaille de Haendel, illustration de l’obstination en musique, parachève cette esthétique : jeu en miroir absolu, les solistes devenus un seul instrument à deux corps, comme les deux mains d’un pianiste.

Renaud et Gautier Capuçon seront également au Festival La Vague Classique 2026 à Six-Fours-les-Plages

