AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - DanseMartha Graham Dance Company : un gâteau à 100 bougies

Martha Graham Dance Company : un gâteau à 100 bougies

DANSE — Le centenaire de la plus ancienne compagnie de danse américaine, rien que ça ! En recevant la Martha Graham Dance Company, le New York City Center cherche à marquer un héritage et à explorer de nouvelles pistes. Dans l’ombre de la grande dame de la modern dance aux États-Unis, on se laisse aller à la nostalgie avec Graham100.

Recevoir la compagnie de Martha Graham (1894-1991) dans un pays à l’histoire (relativement) courte comme les États-Unis, c’est faire allégeance à une certaine vision de la danse, de la femme, mais aussi des émotions, qui a révolutionné l’histoire du mouvement moderne. Dans un monde américain toujours bien codifié, la célébration de cet anniversaire a une connotation particulière, puisque danser Martha Graham veut dire quelque chose, comme un retour à des fondamentaux, mais aussi à l’histoire en tant que telle. Bon, ça ne nous empêchera pas de prendre une part de gâteau ni de souffler dans un sifflet de fête…

100 ans après…

Sur scène, on remonte le temps pour revenir à des productions de 1947 (comme Night Journey) ou même 1930 (pour Lamentation). Si le côté culte de ces pièces est certain, on se demande pourtant un peu si notre goût n’a pas changé, en un siècle, et si ce qui semblait si nouveau à l’époque n’est pas aujourd’hui… un peu démodé, en commençant par les costumes ou leurs couleurs, qui, s’ils sont officiellement « datés » et revendiqués comme tels par la compagnie, le sont peut-être un peu trop. Il n’y a que les confettis d’anniversaire qui ne vieillissent, on l’a toujours dit.

Martha Graham fait alors figure de musée vivant, les pièces s’enchaînent avec brio. Les interprètes sont tous excellents, et vraiment Graham, on note notamment l’intérêt pour les détails, comme la forme des mains ou les diagonales. Après dix ans passés chez Graham, la danseuse So Young An et sa lamentation est autant un hommage à la compagnie qu’une ode à une certaine vision du tragique qu’elle incarne avec brio.

N’empêche, une certaine langueur s’installe avec un petit côté « vu et revu » face à un public fan. Si certaines pièces brillent par leur intensité et leur simplicité, comme Lamentation, composée dans le deuil, d’autres trahissent leur âge, avec toutes les redites que cela implique. C’est comme si, à chacun de vos anniversaires, on vous montrait toujours les mêmes photos de vous quand vous étiez petits, jusqu’à saturation… pendant 100 ans !

Génération Graham

Le duo de chorégraphes Baye & Asa vient alors bousculer tout ça avec Cortege, une pièce cette fois contemporaine qui s’inscrit dans la lignée d’autres pièces de Martha Graham, mais qui propose aussi de voir la compagnie comme un groupe de danseurs qui peut se révéler autrement. En jouant sur une technique basée sur la respiration et le contact, le duo de chorégraphes met en effet en valeur des éléments qui semblent presque contradictoires face à la technique Graham : des spirales dans les airs, des diagonales qui tombent, et beaucoup de (très beaux !) portés, que les danseurs enchaînent avec une surprenante facilité, comme s’ils étaient autant nés pour le moderne que pour le « post » moderne…

Il s’agit de varier entre la technique de Graham et la nouveauté de Baye & Asa, et de proposer autre chose. Ce sont en quelque sorte les plus jeunes de la famille qui font soudainement irruption pour égayer la fête d’anniversaire de leur vénérable aïeule, dans une touchante scène de famille. Santé !

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