AccueilSpectaclesComptes-rendus de spectacles - LyriqueLucia di Lammermoor à Rennes : Old but Gold

Lucia di Lammermoor à Rennes : Old but Gold

COMPTE-RENDU – L’Opéra de Rennes monte l’opéra-seria Lucia di Lammermoor de Gaetano Donizetti, chef-d’œuvre du bel canto romantique, dont le succès ne s’est jamais démenti en 200 ans. Cette production, fondée sur la partition d’origine, marque la première mise en scène lyrique de Simon Delétang, aux côtés de Jakob Lehmann à la direction musicale.

Rien ne sert de réinventer la roue

Parmi les 70 opéras de l’infatigable Maestro Donizetti, Lucia di Lammermoor possède un statut à part. À l’instar de Carmen ou Don Giovanni, c’est une œuvre riche : imaginaire gothico-romantique, haine familiale, tragédie d’amants maudits, sans oublier les échos christiques, freudiens, féministes… Chaque époque a sa Lucia et il existe mille et une façons de l’interpréter. Mais l’œuvre fut aussi victime de son succès, comme en témoignent ses innombrables altérations : transposition des tonalités, modifications des cadences et ornementations, voire coupes. Cette production de Lucia portée par l’Opéra de Rennes propose une version fidèle à la partition originale. On peut donc aussi y entendre l’armonica de verre, conformément à la volonté initiale du compositeur. Rien ne sert de réinventer la roue, il suffit de revenir à l’authentique.

L’originel et l’original

Du côté de la direction musicale, le chef Jakob Lehmann cherche l’authenticité dans les tempi. L’exécution, parfois plus proche de la symphonie beethovénienne que du bel canto, peut surprendre. L’Orchestre National de Bretagne est expressif, homogène (malgré quelques défaillances des cuivres), mais semble rarement laisser de place à l’envolée lyrique. Certains dans le public emploient le terme « germanique ». Ce n’est pas si aberrant : Donizetti, élève de Johann Simon Mayr et Kapellmeister de Vienne à la fin de sa vie, avait une familiarité avec le monde germanique. Il faut sans doute accorder du crédit à cette version historiquement informée, et rappelons que c’est parfois dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures.

Naturellement caravagesque

Du côté de la mise en scène, Simon Delétang se situe plutôt du côté du Théâtre National Populaire et de Jean Vilar : avec ces colonnades blanches et ces fonds noirs, la sobriété met en avant l’action sans la surcharger de symboles. Seule référence culturelle : le tableau Judith et Holopherne du Caravage lors de la scène de folie. L’intention affichée de recentrer l’intrigue sur le couple Lucia/Edgardo fonctionne. En revanche, la direction d’acteur fait cruellement défaut, surtout pour les choristes, réduits à sautiller sur place durant le chœur D’immenso giubilo. Les épées ont en outre été remplacées par des canifs.

La production, qui tournera dans plusieurs villes dans les mois à venir, est surtout portée par une distribution jeune et talentueuse. Laura Ulloa incarne une Lucia assez digne, dont la voix gagne en couleurs au fil de l’opéra. En Edgardo, César Cortés montre un grand naturel et un timbre lumineux (à noter : un surprenant aigu en falsetto dans l’aria finale). En Enrico, Stavros Mantis tonitrue avec une rage mordante. La basse Jean-Vincent Blot prête à Raimondo son grave vibré élégant et consolateur. Les seconds rôles et le Chœur de chambre Mélisme(s) sont également bien en place. Le public ne s’y trompe pas et applaudit chaleureusement cette recette simple et bien connue, mais efficace.

À Lire également : Lucie dans le ciel (de Provence) avec des diamants

Photo de Une © Laurent Guizard

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