AccueilA la UneToute une Sainte journée... au Festival de Saintes

Toute une Sainte journée… au Festival de Saintes

COMPTE-RENDU – Une journée au Festival de Saintes est rythmée avec la même régularité que dans un monastère :

Exemple ce vendredi 17 juillet à 11 heures, il est 9 heures au soleil, c’est le moment de l’office de tierce. Dans la salle capitulaire de l’Abbaye aux Dames transformée en auditorium, trois Dames ont voix au chapitre. La pianiste Olga Pashchenko rafraîchit l’atmosphère avec « Décembre », extrait de « Das Jahr » de Fanny Mendelssohn-Hensel, aux notes répétées grelottantes. Elle accompagne la violoncelliste Ophélie Gaillard, mère supérieure en tant que directrice artistique du festival pour la deuxième et dernière année, dans une « Romance sans paroles » mais pleine de sens de Felix Mendelssohn, puis la violoniste Lina Tur Bonet dans un Adagio en mi majeur non moins expressif de sa sœur aînée Fanny.

© Anaële Letan

Les trois Dames sont réunies pour le Trio opus 100 de Schubert où les sonorités feutrées du piano construit à Leipzig au milieu du XIXe siècle s’accordent idéalement avec celles des cordes frottées en boyau. Les merveilleuses phrases de l’Andante con moto popularisé par le film Barry Lyndon de Stanley Kubrick sont chantées avec une articulation éloquente. Et les trois Dames rajoutent au programme l’Andante du Trio de Clara Wieck-Schumann avec la générosité qui caractérise la compositrice. 

À 15 heures, c’est l’office de none à l’Auditorium de la Cité entrepreneuriale qui fait office de noviciat du festival. Les trois novices se présentent sous le nom de Labadaude qui laisse croire à un ordre contemplatif mais ils sont très actifs ! Thaïs Péron Le Ouay, joue de plusieurs flûtes à bec et du violone, semblant sortir d’un tableau de Botticelli. Hyérine Lassalle, qui aurait pu inspirer Leonard de Vinci, joue de la basse et du dessus de viole. Et Nicolas Arzimanoglou-Mas, qui aurait séduit Caravage, joue du théorbe, de la guitare baroque et du cistre. Se succèdent reels irlandais et folies françaises, hornpipe de Purcell et sonate de Haendel, tendre ré mineur et joyeux sol majeur, tarentelle italienne et fandango espagnol qui donnent des fourmis dans les jambes.

© Dominique Dérien

18 heures est l’heure des vêpres dans l’abbatiale mais le dieu invoqué est le soleil ! Mathilde Étienne, de l’ensemble I Gemelli, lit un texte un peu affecté qui raconte sa course d’un jour, depuis la Lombardie jusqu’à la Sicile. Le but est de présenter un programme de musique italienne du seicento, due à Monteverdi et à ses contemporains parfois anonymes. Mais on aurait préféré un simple surtitrage des textes chantés par le ténor Emiliano Gonzalez Toro qui exprime les différents affects de façon tellement irrésistible. Il jouit justement d’un timbre solaire mais est aussi capable de vocalises aériennes. Il fait fondre tous les auditeurs dans « Amarilli, mia bella » de Giulio Caccini et incarne aussi bien la malheureuse amoureuse que l’ignoble capitaine dans la « Canzone di Cecilia ». Il est accompagné par une viole, une contrebasse, une harpe triple et un archiluth d’une manière inventive largement improvisée. Parfois les instrumentistes s’émancipent de la voix, ce qui permet au contrebassiste Jérémy Bruyère de se lancer dans un solo jazzy impressionnant.

© Esteban Martin

À 21 heures, il est temps pour les complies. Dans la pénombre de la cathédrale Saint-Pierre, Simon-Pierre Bestion, disciple du gardien du paradis, dirige l’ensemble La Tempête dans un programme a cappella qui est une véritable expérience mystique, pendant une heure et demie sans interruption d’applaudissements. Qu’il soit en procession, en cercle ou dispersé dans le déambulatoire et les bas-côtés, le chœur garde une pureté d’intonation, une exactitude d’articulation et une amplitude de nuances bouleversantes (et la moitié des choristes deviennent ponctuellement des solistes remarquables). Partagée en six épisodes, la Messe à double chœur de Frank Martin (d’ailleurs, l’opéra La Tempête de Frank Martin est le titre du nouveau numéro de la revue Avant-Scène Opéra), méditative et raffinée, est interrompue sans le moindre hiatus par du chant vieux-romain, des Lamentations de Jérémie de différents compositeurs de la Renaissance, un Motet de Byrd, des Répons de Poulenc ou une encore une Antienne de Knut Nystedt.

On sort de là prêt à entrer en religion mais demain est un autre jour… À suivre !

© Esteban Martin
Retrouvez également La Carte-Guide interactive des Festivals de l'été

Sur le même thème

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Vidêos Classykêo

Articles sponsorisés

Nos coups de cœurs

Derniers articles

Newsletter

Twitter

[custom-twitter-feeds]