COMPTE-RENDU – Le Festival de Saintes édition 2026 s’achève ce samedi 18 juillet mais le programme de la journée obéit encore à une régularité monacale.

L’office de tierce se tient aujourd’hui à 11 heures dans l’église de l’Abbaye aux Dames pour accueillir tous les fidèles du prieur Christophe Coin, bien connu à Saintes et ailleurs. Il nous fait découvrir des pièces italiennes pour violoncelle et en sert les styles variés avec le même naturel. Mais on l’attendait bien sûr dans les Suites n° 4 et 5 de Bach qu’il mûrit depuis des années et joue par cœur. L’agogique des préludes est toujours justifiée par le cheminement harmonique ou mélodique, jamais par l’arbitraire du goût personnel, les allemandes sont corsetées mais pas rigides, les courantes intègrent les accords au discours musical, les sarabandes sont lyriques mais jamais sirupeuses, les bourrées et les gavottes entraînantes mais pas débridées, les gigues joyeuses mais toujours élégantes. Si bien que l’interprétation de Bach par Christophe Coin sonne comme une évidence.
À 15 heures à l’Auditorium de la Cité entrepreneuriale, les novices de l’office de none portent le nom de « Four Beers and a Glass of Wine » ! Ils sont effectivement cinq, quatre filles jouant de la guitare, du violon, des flûtes à bec et du violoncelle – les bières ? – et un garçon jouant du théorbe – le verre de vin ? -. Mais est-il vraiment nécessaire pour faire une carrière internationale de choisir un nom anglais ? Est-ce simplement plus pratique pour passer leur commande de rafraîchissements après le concert ? Leur programme est constitué de chansons et de danses traditionnelles dénichées dans de vieux recueils puis transcendées en les harmonisant et ornementant eux-mêmes, sans les trahir. Mais voilà que la guitariste Katerina Blizkovska, à qui on aurait donné le bon dieu sans confession, est aussi chanteuse et on entend : « Non, non, pas d’couvent ma mère, il m’faut un amant ! » !!! Scandale au noviciat ! Mais elle a une si jolie voix et elle articule si bien son texte qu’on lui pardonne tout !

À 18 heures à l’Abbatiale, les vêpres seront-elles plus respectueuses ? L’ensemble Alkymia est composé de neuf chanteurs qui deviennent tous solistes à l’occasion – en particulier un contre-ténor aux aigus brillants, Nicolas Kuntzelmann – et de quatre instrumentistes qui chantent aussi. Mariana Delgadillo Espinoza les dirige avec autant de conviction que de précision, des épaules, des yeux, des doigts et du menton. Elle a choisi de montrer toutes les musiques qui ont façonné l’identité culturelle métissée de son pays natal, la Bolivie. Cela comprend des oeuvres baroques composées pour la Cathédrale de Sucre, mais aussi des mélodies andines, des chants afro-boliviens qui sont loin d’être des spirituals, et des pièces contemporaines aux influences multiples. Ce mélange festif est aussi détonant qu’irrésistible.

Le dernier concert du dernier jour se tient traditionnellement à 21 heures dans les jardins de l’abbaye et on peut venir l’écouter pour 10 euros, assis sur l’herbe ou en apportant un siège pliant. Il est donné cette année par l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine en grande formation sous chapiteau. Mais il ne peut en aucun cas tenir lieu d’office de complies puisque – horreur ! – il commence par la « Bacchanale » de l’opéra Samson et Dalila de Saint-Saëns, dont Joseph Swensen exacerbe le caractère diabolique ! Joseph Swensen mettra encore tout son charisme à exalter les maléfices de la sorcière Baba Yaga dans sa cabane sur des pattes de poule. Enfin le « Boléro » de Ravel est un festival où tous les solistes de l’orchestre brillent tour à tour, risquant le péché capital d’orgueil.
Ce Festival de Saintes s’achève donc dans une atmosphère bien peu monacale mais tous les fidèles s’accordent à dire que la programmation d’Ophélie Gaillard était particulièrement réussie par la richesse et la diversité des 29 concerts de la semaine. Le prochain directeur artistique, dont le nom n’a pas été révélé par le directeur général David Théodoridès, saura-t-il faire aussi bien ?
Prions…

À Lire également : Toute une Sainte journée… au Festival de Saintes

