COMPTE-RENDU – Le temps d’une halte sous les arbres du Parc Floral de Paris, le Festival Classique au Vert invite à quitter les allées pour emprunter les chemins de traverse de la musique baroque. Guidées par Salomé Gasselin et Violaine Cochard, les œuvres de Couperin, Marais, Rameau et de quelques compositeurs plus confidentiels composent un herbier sonore où chaque pièce semble une clairière à découvrir.
Au détour d’une promenade dominicale, le public rejoint la scène installée au cœur du parc. La souriante Salomé Gasselin retrouve finalement la claveciniste Violaine Cochard, appelée au pied levé pour remplacer Justin Taylor, souffrant. Si quelques connaisseurs regrettent cette absence, la complicité qui s’installe rapidement entre les deux musiciennes dissipe bien vite toute déception.

Leur programme prend pour point de départ Les Sylvains de François Couperin. À partir de ce rondeau évoquant les divinités des forêts, elles composent un parcours mêlant arrangements et suites autour de Couperin, Marin Marais, Jean-Philippe Rameau, Jacques Gallot ou Louis de Caix d’Hervelois.
Jouer dehors avec une viole de gambe et un clavecin relève presque de l’art de la randonnée. Malgré la toile tendue contre le soleil, les bruits du parc demeurent : enfants qui jouent, visiteurs qui arrivent en retard, souffle du vent… et bien entendu, Salomé Gasselin doit réaccorder sa viole entre plusieurs suites.
Rien pourtant ne semble troubler son attention. Son timbre, délicatement amplifié, conserve cette chaleur caressante qui enveloppe immédiatement l’auditeur. Dans la Plainte du Premier Livre de Louis de Caix d’Hervelois ou la tendre Sarabande de la Première Suite de Couperin, chaque note paraît suspendue entre les arbres. Les passages plus virtuoses restent d’une grande précision, portés par un plaisir communicatif qui se lit autant sur son visage que dans son archet.
À ses côtés, Violaine Cochard fait preuve d’une remarquable finesse. Son clavecin dessine avec élégance les contours du paysage, particulièrement dans Le Rappel des oiseaux de Rameau, où les figures musicales prennent des allures de chants répondant d’une branche à l’autre. Son jeu privilégie le raffinement et la respiration, avec une sobriété qui sert admirablement le dialogue.
Chaleureusement applaudies, les deux musiciennes offrent en bis un nouvel extrait de la Première Suite de Couperin, librement arrangé, presque improvisé au fil de leur complicité.
Une ultime respiration avant de quitter la musique… et de reprendre tranquillement les sentiers du Parc floral, l’oreille encore peuplée du murmure Sylvains.
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