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Maldonne au Théâtre du Rond-Point : une robe à soi

DANSE — Cinq femmes, une trentaine de robes, et tous les états émotionnels : l’amour, la tendresse, la mélancolie, la rage, la joie. Leïla Ka n’aura eu besoin d’aucun mot pour nous faire comprendre ce que c’est d’habiter le corps d’une femme. Un spectacle sur la sororité à découvrir absolument au Théâtre du Rond-Point.

La chorégraphie est toute simple : cinq femmes alignées, têtes baissées, vêtues de longues robes à fleurs. On pense aux ménagères d’un autre temps en voyant ces robes de femmes usées qui ont bien servi : le mari, les enfants mais aussi la maison. Une image volontairement stéréotypée et vieillotte mais pourtant terriblement familière…

Des femmes invisibles

La pièce débute dans une violence sonore : une techno abrasive qui sature nos oreilles. Puis tout s’arrête. Un silence total s’installe. Enfin presque, car on entend les respirations des danseuses, d’abord discrètes et saccadées, puis de plus en plus fortes, jusqu’à devenir elles-mêmes la partition sonore de la danse et à donner le rythme.

Maldonne de Leïla Ka © Monia Pavoni

Les corps bougent à peine. Une épaule se crispe, un pied dérape, une main tremble. Puis le mouvement explose. Les respirations s’accélèrent, les gestes deviennent nerveux, saccadés, presque convulsifs mais toujours précis et synchronisés. Les femmes chutent, roulent au sol, pleurent parfois, mais se relèvent toujours. C’est comme si les corps arrachaient les coutures invisibles qui les maintenaient encore. Cette robe est comme une seconde peau tenace !

Maldonne de Leïla Ka © Duy-Laurent Tran
Une valse à mille robes

Puis surgit le playback de Je suis malade de Serge Lama, repris par Lara Fabian. Et tout bascule alors dans une immense mélancolie. Celle des femmes qui se dévouent jusqu’à s’oublier elles-mêmes pour leurs proches, pour les autres, pour tout le monde sauf elles.

Maldonne de Leïla Ka © Duy-Laurent Tran

Quelques minutes plus tard, Dance Me to the End of Love de Leonard Cohen transforme le plateau en bal fantomatique : les robes valsent au-dessus des têtes comme des spectres. Puis vient Vivaldi, qui donne à la pièce une ampleur quasi sacrée. Cette bande-son hétéroclite touche toutes les générations de femmes et réveille une mémoire émotionnelle collective. Chaque morceau correspond à un état émotionnel différent.

Maldonne de Leïla Ka © Duy-Laurent Tran
Un vêtement difficile à porter

Bref, vous l’avez compris, c’est aussi une pièce de robes. Une trentaine défilent ainsi pendant le spectacle. Trop grandes, trop serrées, mal ajustées, trop fleuries, trop bestiales, trop légères, trop colorées. Toutes semblent avoir « quelque chose qui cloche » comme le dit elle-même Leïla Ka. Et c’est précisément là que réside la force de Maldonne : chaque robe devient une identité imposée dont les danseuses tentent de s’extraire. Aucune femme n’est parfaite et aucune n’est obligée de devenir la meilleure version d’elle-même. Sans jamais prononcer un mot, la pièce raconte ce que signifie habiter un corps de femme et ce n’est pas tous les jours la vie en rose, très loin de l’image glamour à la Marilyn Monroe.

Maldonne de Leïla Ka © Duy-Laurent Tran

Bref, une heure de danse intense qui nous fait vivre tous les états émotionnels, qui nous saisit autant aux tripes qu’au cœur en passant par les ovaires. Des danseuses d’une énergie physique débordante, une écriture chorégraphique fluide et immédiatement reconnaissable. Leïla Ka est décidément l’une des chorégraphes à suivre absolument, car son style ne s’embarrasse pas de vieilles robes (elle préfère les jeans).

Maldonne de Leïla Ka © Monia Pavoni
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