COMPTE-RENDU – Ermonela Jaho se produit salle Gaveau dans un récital d’airs d’opéra accompagnée par l’Orchestre Lamoureux dirigé par Marco Zambelli : âmes sensibles, accourrez !
Le public venu salle Gaveau écouter le récital d’Ermonela Jaho, en ressort dans un état de chamboulement émotionnel impressionnant.
Que s’est-il passé ? Comment est-ce possible ? À quoi cela est-il du ?
Le répertoire choisi ? la voix de la soprano ? Son interprétation ?..
Anatomie d’un concert sous haute tension
Le programme constitué de grands airs de Massenet (Thaïs, Sapho) ou de Puccini (Suor Angelica, Manon Lescaut, Liù) garantissent déjà le frisson et, dans leurs enchaînements, l’émotion n’a pas le temps de retomber : tout demeure à un niveau élevé d’intensité.
Ronde et soutenue par une vibration harmonieuse, la voix de la soprano conjugue plusieurs critères favorables à l’expressivité. Les aigus sont atteints infailliblement aussi bien dans une projection impressionnante que sur un fil de voix saisissant. Si le bas de la tessiture peut parfois manquer de présence, les graves sont, cependant, émis sans exagération en voix de poitrine, préservant ainsi une homogénéité exemplaire.
Ermonela Jaho incarne différemment chaque personnage avec une sincérité touchante. Pas d’excès de dramatisme, pas d’avalanche de sanglots mais une conduite de l’émotion partant souvent d’une intériorité émouvante. Malgré un français peu compréhensible, l’auditeur suit néanmoins les méandres passionnés de Sapho et de Manon. Madame Butterfly apparait dans toute sa jeunesse pleine d’espoir, et la chanteuse retient l’émotion de Manon Lescaut au moment de sa mort, l’ultime cri de désespoir en devient alors encore plus saisissant.
La touche Jaho
Si d’autres chanteuses se font remarquer dans des récitals d’airs d’opéra, rares sont celles qui osent un programme d’une telle densité dévoilant l’immense générosité de l’artiste (dix airs au programme). Le chef Marco Zambelli affirme lui-même que pareille programmation est quasi insensée. À la tête de l’Orchestre Lamoureux, ce dernier insuffle phrasés et respirations en adéquation avec la proposition vocale.
La voix d’Ermonela Jaho ne semble pourtant nullement souffrir de fatigue et parvient intacte après ce marathon opératique. Cependant, la chanteuse confiait sur France Musique qu’elle savait que son succès ne viendrait pas de sa voix mais que sa voix était comme une arme pour libérer son âme. « Pour être artiste il faut être torturée… c’est à travers la souffrance et l’humanité qu’on se met en lien avec les autres ». Et il est possible de mesurer le niveau de souffrance de la chanteuse albanaise au niveau de connexion extraordinaire qu’elle instaure avec le public. Son engagement passionné est irrésistible et elle semble se livrer corps et âme dans chaque air. L’émotion ressentie est indicible, seule preuve, les applaudissements d’un public debout les yeux encore humides par quelques larmes non contenues.
Doublement récompensée
Après un premier bis, Ombra di nube de Licinio Refice, chaleureusement applaudi, la cantatrice se voit remettre la distinction officielle des insignes de chevalier des Arts et des Lettres par Jean-Philippe Thiellay, ancien directeur général adjoint de l’Opéra National de Paris. Il évoque chaleureusement le parcours de la chanteuse, de l’Albanie natale aux grandes scènes internationales…
Emue par cette distinction, Ermonela Jaho offre en ultime air, « Io son l’umile ancella » d’Adriana Lecouvreur de Cilea, rappelant sa position d’artiste, son Credo : « je suis l’humble servante du Génie créateur : il m’offre la parole et moi je la répands vers le cœur ».
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